Dans Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley à New York), Paul Gilster se demande si les moteurs de recherche du web seront les catalogues de demain. Ceci ne semble guère possible dans un avenir proche. Contrairement au système commun d’indexation propre aux bibliothèques américaines, chaque moteur de recherche a sa propre méthode d’indexation, et l’usager doit se familiariser avec elle pour en tirer le meilleur parti. Les bibliothèques elles-mêmes auraient un gigantesque effort à fournir pour harmoniser leurs thésaurus ou leurs listes de mots-matière à l’échelon international. Etape intermédiaire, un thésaurus multilingue serait indispensable en Europe, puisque chacun indexe ses publications dans sa propre langue. Le travail est titanesque.
On peut également rêver à des catalogues communs aux bibliothèques, aux librairies et aux éditeurs. Du fait de la rigueur et du professionnalisme qu’il implique, le catalogage est devenu un métier à part entière. La notice minimale (auteur, titre, éditeur) fait maintenant place à une notice plus complexe régie par des normes internationales permettant un meilleur échange de données. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la réputation d’une bibliothèque s’appuie en partie sur la qualité de son catalogue. Il est sa colonne vertébrale, et le sera de plus en plus avec le développement des bibliothèques numériques.
7. LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE DEMARRE
[7.1. Genèse de la bibliothèque numérique / 7.2. Bibliothèques numériques francophones / 7.3. Autres expériences pilotes]
Appelée aussi bibliothèque électronique ou bibliothèque virtuelle, la bibliothèque numérique est sans doute à ce jour le principal apport de l’internet au monde du livre, et réciproquement. Voilà pourquoi un chapitre entier lui est consacré. Grâce à l’internet, des milliers d’œuvres du domaine public, documents littéraires et scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et bandes sonores sont désormais disponibles à l’écran, et le mouvement va en s’amplifiant avec la poursuite de la numérisation des fonds à la vitesse grand V. Trois exemples parmi tant d'autres.
7.1. Genèse de la bibliothèque numérique
= Bibliothèque traditionnelle et bibliothèque numérique
Si certaines bibliothèques numériques sont nées directement sur le web, la majorité d’entre elles émane de bibliothèques traditionnelles. La Bibliothèque nationale de France (BnF) crée Gallica qui, dans un premier temps, propose des images et textes du 19e siècle francophone. Une sélection de 3.000 livres est complétée par un échantillon de la future iconothèque numérique. La Bibliothèque municipale de Lisieux (Normandie) gère la Bibliothèque électronique de Lisieux, qui regroupe les versions intégrales d’oeuvres littéraires choisies dans les collections municipales. La Bibliothèque municipale de Lyon met les enluminures de 200 manuscrits et incunables à la disposition de tous sur son site web.
Les bibliothèques numériques permettent à un large public d’avoir accès à des documents jusque-là pratiquement impossibles à consulter parce qu’appartenant à des fonds anciens, des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés. Ces fonds sont souvent difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de conservation des documents rares et fragiles, heures d’ouverture réduites, nombreux formulaires à remplir, longs délais de communication, pénurie de personnel, qui sont autant de barrières à franchir et qui demandent souvent au lecteur une patience à toute épreuve et une détermination hors du commun pour arriver jusqu’au document.
Grâce à la bibliothèque numérique, la bibliothèque traditionnelle peut enfin rendre compatibles deux objectifs qui jusque-là ne l’étaient guère, à savoir la conservation des documents et la communication de ceux-ci. D’une part le document ne quitte son rayonnage qu’une seule fois pour être scanné, d’autre part le grand public y a enfin accès. Si le lecteur veut ensuite consulter le document original, il pourra se lancer dans l’aventure évoquée plus haut, mais en connaissance de cause, grâce au "feuilletage" préalable à l’écran.