Claire Le Parco, de la société Webnet (qui gère le site Poésie française), précise à la même date: "En matière de recrutement, internet a changé radicalement notre façon de travailler, puisque nous passons maintenant toutes nos offres d'emploi (gratuitement) dans le newsgroup 'emploi'. Nous utilisons un intranet pour échanger nombre d'informations internes à l'entreprise: formulaires de gestion courante, archivage des documents émis, suivi des déplacements, etc. La demande des entreprises est très forte, et je crois que nous avons de beaux jours devant nous!"

Rédacteur et webmestre du Biblio On Line, un portail destiné aux bibliothèques, Jean-Baptiste Rey relate en juin 1998: "Personnellement internet a complètement modifié ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre de site internet et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique parisienne (Quick Soft Ingénierie, ndlr). Il semble que l'essor d'internet en France commence (enfin) et que les demandes tant en matière d'informations, de formations que de réalisations soient en grande augmentation."

Fabrice Lhomme, webmestre d’Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction, raconte à la même date: "Une Autre Terre est un serveur personnel hébergé gratuitement par la société dans laquelle je travaille. Je l'ai créé uniquement par passion pour la SF et non dans un but professionnel même si son audience peut laisser envisager des débouchés dans ce sens. Par contre internet a bel et bien changé ma vie professionnelle. Après une expérience de responsable de service informatique, j'ai connu le chômage et j'ai eu plusieurs expériences dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activité que j'ai pu trouver était vendeur en micro-informatique en grande surface. Je dois préciser quand même que je suis attaché à ma région (la Bretagne, ndlr) et que je refusais de 'm’expatrier'. Jusqu'au jour donc où j'ai trouvé le poste que j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais peut-être encore en grande surface. Actuellement, l’essentiel de mon activité tourne autour d'internet (réalisation de serveurs web, intranet/extranet,…) mais ne se limite pas à cela. Je suis technicien informatique au sens large du terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matériel, de réseaux, d'audits, de formations, de programmation… (…) J'ai trouvé dans internet un domaine de travail très attrayant et j'espère fortement continuer dans ce segment de marché. La société dans laquelle je travaille est une petite société en cours de développement. Pour l'instant je suis seul à la technique (ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions à moyen terme embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilité."

Par ailleurs, plusieurs professionnels du livre décident de rejoindre des sociétés informatiques, ou alors de se spécialiser au sein de la structure dans laquelle ils travaillent, en devenant par exemple les webmestres de leur librairie, de leur maison d’édition ou de leur bibliothèque. Malgré cela, les perspectives d’emploi restent assez inquiétantes. De nombreuses tâches deviennent obsolètes avec l’introduction des nouvelles technologies. Les professionnels du livre pourront-ils tous se recycler grâce à des formations professionnelles adaptées, ou bien seront-ils frappés de plein fouet par le chômage?

8.2. Le droit du cyberespace

= La responsabilité de l’internaute

Lié à la fois au droit informatique en place et à quelques législations balbutiantes, le droit du cyberespace est en train d’émerger - non sans mal - d’un réseau en ébullition. On tente de redéfinir des domaines existants tels que la propriété intellectuelle ou la censure. On tente aussi d’en définir de nouveaux, comme la responsabilité ou non des fournisseurs d’accès internet vis-à-vis de l’information circulant par leur intermédiaire.

Créées en été 1992 par Paul Southworth à l’Université du Michigan (Etats-Unis), les ETEXT Archives se donnent pour but de rassembler des textes électroniques de toutes sortes: textes politiques, textes personnels, textes sacrés, textes profanes, etc. Elles hébergent aussi gratuitement des périodiques, oeuvres de fiction, oeuvres politiques, poétiques, religieuses, etc., à la demande d’auteurs ou d’organismes souhaitant les faire connaître. Les volontaires qui composent l’équipe s’engagent à ne pas juger le contenu de ces textes, mais refusent les oeuvres à caractère pornographique.

Mygale, site communautaire francophone, offre aux particuliers et aux associations à but non lucratif une messagerie électronique gratuite et un hébergement gratuit de leur site web (10 Mo (méga-octets) puis 20 Mo au bout d’un an), avec aide en ligne et divers services à l’appui, ce qui contribue grandement au développement du web francophone. Dans sa charte à destination de ses membres, Mygale précise: "Vous êtes responsable des informations diffusées sur vos pages. En cas de non respect des lois en vigueur, ces informations sont susceptibles d'engager votre responsabilité civile et/ou pénale. Notamment, vos pages ne doivent pas être à caractère pornographique, raciste, diffamatoire." Mygale est ensuite remplacé par MultiMania, basé sur le même principe.

Les internautes sont censés respecter la nétiquette, à savoir un ensemble de règles de savoir-vivre régissant entre autres le courrier électronique, les forums de discussion et les sites web. Toutefois l’augmentation inquiétante de sites pornographiques, pédophiles et nazis entraîne l'apparition de logiciels pouvant être paramétrés par les parents et les éducateurs en fonction de l’âge des enfants et du degré de contrôle souhaité (par exemple Cyber Patrol, CyberSitter, Net Nanny, SafeSurf et SurfWatch).