Une réglementation est mise en place pour lutter contre les spams, ces messages électroniques non sollicités à caractère souvent commercial qui prolifèrent dans les boîtes aux lettres électroniques. En avril 1998, l’Etat de Washington crée un précédent avec une loi anti-spamming prévoyant de "condamner toute personne morale ou physique qui envoie des messages intempestifs en masse en cachant son identité et en trompant les destinataires par des titres de messages fallacieux". Effective début août, cette loi est le "premier pas vers un cadre législatif qui pourrait faire école", lit-on dans Le Micro Bulletin Actu du 2 avril 1998.

Dans le quotidien Libération du 9 janvier 1998, Esther Dyson, présidente d’EDventure Holdings, précise que l’internet commercial devrait être réglementé moins par un gouvernement central qui en définirait les règles que par plusieurs organismes mis en concurrence dans l'intérêt du consommateur.

Patrick Rebollar, créateur d'un site web de recherches et d’activités littéraires, voit l’avenir du réseau assez trouble. Il écrit en juillet 1998: "Entre ceux qui cherchent à gagner de l'argent à tout prix, et ceux qui en font une banque d'images pornographiques, ceux qui cherchent des amis pour pallier un manque et ceux qui cherchent du travail. Ceux qui… et ceux qui… le réseau devient progressivement une projection du monde lui-même, plus précise et exacte chaque jour."

= L’activité de la CNIL

Autorité administrative indépendante, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est un organisme public français chargé de veiller à l’application de la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, communément appelée loi "informatique et libertés" (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978). Son article premier rappelle que "l’informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles et publiques." La CNIL veille donc entre autres à ce que la gestion des fichiers informatiques tienne compte du respect de la vie privée du citoyen.

La CNIL est en train d’adapter son activité à l’internet, la courte existence de celui-ci ayant déjà démontré que tout internaute est facilement repérable sur le réseau. L’annuaire Dejanews, par exemple, donne la possibilité à un employeur de connaître les forums de discussion auxquels participe un salarié. Utilisés à l’origine pour des raisons commerciales, pour repérer les sites consultés par un usager et connaître ainsi ses centres d’intérêt, les outils de filature (cookie, applet Java, etc.) peuvent très bien servir aussi à d’autres fins mettant en péril la liberté individuelle et la vie privée. "Sur internet, il n'y a pas d'anonymat, prévient la CNIL sur son site. Ce qui impose à chacun d'être vigilant." Le site donne nombre d’indications pratiques sur la manière de neutraliser ces outils de filature.

La délibération de la CNIL du 8 juillet 1997 sur les annuaires des abonnés au téléphone traite des projets de basculement de ces annuaires sur l’internet et de l’absence de dispositifs de sécurité permettant d’éviter leur téléchargement. Des informations personnelles pourraient être massivement téléchargées depuis un pays non soumis à des règles de protection des données, afin d’être cédées, vendues, stockées, traitées et exploitées sans garantie ni contrôle. Pour contrer tout téléchargement de ce type, il est demandé à chaque Etat membre de transposer d’ici la fin 1998 dans sa propre législation la directive de l’Union européenne du 24 octobre 1995. Les transferts internationaux de données ne doivent être autorisés que si le pays destinataire peut assurer une protection adéquate conforme aux normes européennes.

En ce qui concerne le transfert de l’annuaire des abonnés au téléphone sur le web, la CNIL recommande que la décision soit prise par les utilisateurs eux-mêmes, comme c’est déjà le cas pour l’inscription sur la liste rouge ou la liste orange. S’inscrit sur la liste rouge toute personne ne souhaitant pas figurer sur l’annuaire. 5,6 millions d’abonnés y sont inscrits, soit le quart des abonnés de France Télécom. L’inscription à cette liste est payante malgré les recommandations de la CNIL qui prône sa gratuité, comme c’est le cas dans d’autres pays européens. La liste orange, elle, regroupe l’ensemble des personnes qui, quoique souhaitant figurer dans l’annuaire, s’opposent à l’utilisation commerciale de leurs coordonnées. Contrairement à la liste rouge, l’inscription à la liste orange est gratuite.

= Technoréalisme et web indépendant

Pour contrer à la fois ceux qui mettent la technologie sur un piédestal et ceux qui y sont systématiquement hostiles, un mouvement appelé Technorealism est lancé en mars 1998 aux Etats-Unis. Les idées exposées dans Technorealism Overview sont reprises au Québec dans le Manifeste pour un technoréalisme qui, comme l'explique la cyber-revue Mémento, veut faire le point entre "ces prophètes nouveau genre qui nous promettent un monde meilleur grâce à la technologie, et les nostalgiques qui veulent faire marche arrière et revenir au poêle à bois, au crayon de plomb et aux chevaux de trait".