La première expérience numérique d'Arturo Pérez-Reverte est un peu différente. La série best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître s’intitule El Oro del Rey. En novembre 2000, en collaboration avec son éditeur Alfaguara, l'auteur décide de diffuser El Oro del Rey en version numérique sur un site spécifique du portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix très inférieur aux 15,10 euros annoncés pour le livre imprimé.
Résultat de l’expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant, mais pas celui des paiements. Un mois après la mise en ligne du roman, on compte 332.000 téléchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement. A la même date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique dans un communiqué: "Pour tout acheteur du livre numérique, il y avait une clé pour le télécharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au début, beaucoup d’internautes se sont échangés ce code d’accès dans les forums de dialogue en direct (chats) et ont téléchargé leur exemplaire sans payer. On a voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Pérez-Reverte voulait surtout qu’on le lise."
= Des centaines de titres
Trois ans après ces premières tentatives, si les expériences purement numériques sont provisoirement abandonnées, les livres numériques ont une place significative à côté de leurs correspondants imprimés. En 2003, des centaines de best-sellers sont vendus en version numérique sur Amazon.com, Barnes & Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites d’éditeurs (Random House, PerfectBound, etc.), pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel (PDA). Mobipocket distribue 6.000 titres numériques dans plusieurs langues, soit sur son site soit dans des librairies partenaires. Le catalogue de Palm Digital Media approche les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC, avec 15 à 20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.
Signe des temps, en mars 2003, Paulo Coelho, écrivain brésilien devenu mondialement célèbre avec L’Alchimiste, son titre phare, distribue plusieurs de ses livres gratuitement au format PDF. Traduits en 56 langues, ses livres imprimés atteignent 53 millions d'exemplaires vendus dans 155 pays, dont 6,5 millions d’exemplaires dans les pays francophones. L’écrivain décide de mettre en ligne sur son site l’édition intégrale de plusieurs de ses romans, en diverses langues, avec l’accord de ses éditeurs respectifs (dont Anne Carrière, son éditrice en France). Trois de ses romans sont disponibles en français: Manuel du guerrier de la lumière, La cinquième montagne et Veronika décide de mourir. Pourquoi une telle décision? "Comme le français est présent, à plus ou moins grande échelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers électroniques d'universités et de personnes habitant loin de la France, qui ne trouvaient pas mes oeuvres", déclare Paulo Coelho par le biais de son éditrice. A la question classique sur le préjudice que pourraient porter ces quelques titres gratuits sur les ventes futures, il répond: "Seule une minorité de gens a accès à l’internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais le livre papier." Une remarque très juste, au moins pour le court terme.
3. L’EDITION DEVIENT ELECTRONIQUE
[3.1. Editeurs commerciaux / 3.2. Editeurs non commerciaux / 3.3. L’auto-édition / 3.4. Vers une nouvelle structure éditoriale]
Au début des années 2000, l’édition électronique creuse son sillon à côté de l’édition traditionnelle, du fait des avantages qu’elle procure: stockage plus simple, accès plus rapide, diffusion plus facile, coût moins élevé, etc. Elle amène aussi un souffle nouveau dans le monde de l’édition, et même une certaine zizanie. On voit des éditeurs vendre directement leurs titres en ligne, des éditeurs électroniques commercialiser les versions numérisées de livres publiés par des éditeurs traditionnels, des librairies numériques vendre les versions numérisées de livres publiés par des éditeurs partenaires, des auteurs s’auto-éditer ou promouvoir eux-mêmes leurs oeuvres publiées, des sites littéraires se charger de faire connaître de nouveaux auteurs pour pallier les carences de l’édition traditionnelle, etc. Le numérique pourra-il à terme ébranler ou même faire imploser la structure éditoriale en place, considérée par de nombreux écrivains comme passablement sclérosée?
3.1. Editeurs commerciaux
Dans le monde francophone, le premier éditeur électronique commercial est CyLibris, fondé en août 1996. CyLibris est suivi en mai 1998 par 00h00, premier éditeur en ligne à commercialiser des livres numériques. Des éditeurs traditionnels mettent eux aussi en place un secteur spécifique, par exemple l’éditeur Luc Pire, qui crée Luc Pire électronique en février 2001.