En août 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un nombre de téléchargements légèrement inférieur à celui du premier chapitre. Il en attribue la cause à une publicité moindre et à des problèmes de téléchargement. Si le nombre de téléchargements n’a que légèrement décru, le nombre de paiements est en nette diminution, les internautes ne réglant leur dû qu’une fois pour plusieurs téléchargements. L’auteur s’engage cependant à publier le troisième chapitre comme prévu, fin septembre, et à prendre une décision ensuite sur la poursuite ou non de l’expérience, en fonction du nombre de paiements. Ses prévisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre total de 1,7 million de téléchargements. Le ou les derniers chapitres seraient gratuits.

Plus volumineux (10.000 signes environ au lieu de 5.000), les chapitres 4 et 5 passent à 2 dollars. Mais le nombre de téléchargements et de paiements ne cesse de décliner: 40.000 téléchargements seulement pour le cinquième chapitre, alors que le premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46% des téléchargements seulement.

Fin novembre, Stephen King annonce l’interruption de la publication pendant une période indéterminée, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable gratuitement à la mi-décembre. "The Plant va retourner en hibernation afin que je puisse continuer à travailler, précise-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la nécessité d’observer une pause afin que la traduction et la publication à l’étranger puissent rattraper la publication en anglais." Mais cette décision semble d’abord liée à l’échec commercial de l’expérience.

Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à l’auteur au moins un mérite, celui d’avoir été le premier à se lancer dans l’aventure, avec les risques qu’elle comporte. Entre juillet et décembre 2000, pendant les six mois qu’elle aura duré, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de The Plant, à commencer par les éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel. Quand Stephen King décide d’arrêter l’expérience, plusieurs journalistes et critiques littéraires affirment qu’il se ridiculise aux yeux du monde entier. N’est-ce pas un peu exagéré? L’auteur avait d’emblée annoncé la couleur puisqu’il avait lié la poursuite de la publication à un pourcentage de paiements satisfaisant.

Qu’est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King? L’auteur reste toujours très présent dans ce domaine, mais par le biais de son éditeur. En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman à être lancé simultanément en version imprimée, par Simon & Schuster, et en version numérique, par Palm Digital Media, pour lecture sur Palm Pilot ou Pocket PC. En mars 2002, son recueil de nouvelles Everything’s Eventual est lui aussi publié simultanément en deux versions: en version imprimée par Scribner, subdivision de Simon & Schuster, et en version numérique par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre.

= "Quintet", de Frederick Forsyth

En novembre 2000, deux Européens, l’anglais Frederick Forsyth et l’espagnol Arturo Pérez-Reverte, décident eux aussi de tenter l'aventure numérique. Mais, forts de l’expérience d’auto-publication de Stephen King peut-être, ni l’un ni l’autre n’ont l’intention de se passer d’éditeur.

Frederick Forsyth, le maître britannique du thriller, aborde la publication numérique avec l’appui de l’éditeur électronique londonien Online Originals. En novembre 2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d’un crime violent commis à Londres et premier volet de Quintet, une série de cinq nouvelles électroniques (The Veteran, The Miracle, The Citizen, The Art of the Matter et Draco). Disponible en trois formats (PDF, Microsoft Reader et Glassbook Reader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) sur le site de l’éditeur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith) et aux Etats-Unis (Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).

"La publication en ligne sera essentielle à l’avenir, déclare Frederick Forsyth sur le site d’Online Originals. Elle crée un lien simple et surtout rapide et direct entre le producteur original (l’auteur) et le consommateur final (le lecteur), avec très peu d’intermédiaires. Il est passionnant de participer à cette expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles technologies. Je n’ai jamais vu de livre numérique. Mais je n’ai jamais vu non plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m’empêche pas de constater combien ces voitures de course sont rapides."

= "El Oro del Rey", d’Arturo Pérez-Reverte