Le 9 février 2003, Emilie Devriendt écrit:

"Je ne parlerai pas du livre numérique à strictement parler, concept qui semble aujourd'hui s'être révélé un échec total pour les entreprises qui ont tenté de le commercialiser. Je constate d'ailleurs que des projets datant d'il y a quelques années, projets selon moi plus astucieux, plus ergonomiques, et à l'évidence moins coûteux comme celui du 'baladeur de texte' (@folio), n'ont toujours pas 'percé'. Loin d'être au fait de tous les aspects qui ont contribué et contribuent à cet état de fait, je ne me risquerai pas à prédire quoi que ce soit dans ce domaine très circonscrit.

Si l'on envisage l'avenir non plus du 'livre', mais du 'texte' électronique, celui-ci n'apparaît pas plus prévisible ou prédictible, mais il est quelques points que l'on peut souligner, et quelques évolutions que l'on pourrait à tout le moins appeler de ses voeux. Dans ce domaine que l'on appelle parfois l'informatique littéraire, deux aspects du texte électronique m'intéressent plus particulièrement, dans une perspective d'enseignement ou de recherche: la publication de ressources textuelles, par exemple littéraires, sur le Web au format texte ou au format image (exemple: Gallica ou la Bibliothèque électronique de Lisieux); la publication de bases de données textuelles interactives, c'est à dire d'outils de recherche et d'analyse linguistique appliqués à des textes électroniques donnés (exemple: la Nefbase du Net des Etudes Françaises ou, si l'on veut citer une banque de données payante, Frantext). Aujourd'hui ce type de ressources est relativement bien développé (même si aucune 'explosion' ne semble avoir eu lieu si l'on compare la situation actuelle à celle d'il y a deux ou trois ans). En revanche, on ne peut véritablement mesurer les usages qui en sont faits.

La situation au sein de l'Université française, telle qu'elle m'apparaît, ne conduit pas spontanément à l'optimisme de ce point de vue. Tous les cursus 'littéraires' sont loin de comprendre une formation obligatoire aux nouvelles technologies (qu'il s'agisse d'ailleurs de bureautique, de recherche documentaire ou d'analyse textuelle). Or sans un apprentissage sérieux de ce type risque paradoxalement de se constituer une nouvelle forme d'analphabétisme au sein même d'une population intellectuelle, les étudiants, les enseignants, les chercheurs ; ou, à tout le moins, une informatisation 'à deux vitesses' de cette population. Ici, l'idéal de l'accessibilité (formats libres, gratuité) des ressources textuelles publiées en ligne prend véritablement tout son sens."

= Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac

Diplômé en science politique et professeur de français à Nice, Gérard Fourestier crée en 1998 le site Rubriques à Bac, un ensemble de bases de données à destination des lycéens et étudiants. ELLIT (Eléments de littérature) regroupe des centaines d'articles sur la littérature française du 12e siècle à nos jours, ainsi qu'un répertoire d'auteurs. RELINTER (Relations internationales) recense 2.000 liens sur le monde contemporain de 1945 à nos jours. Ces deux bases de données sont accessibles par souscription, avec version de démonstration en accès libre. Lancée en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT, la base de données Bac-L (baccalauréat section lettres) est en accès libre.

Le 8 février 2003, Gérard Fourestier écrit:

"Bien que ça et là, on assiste à des avancées pédagogiques par l'intégration des nouvelles technologies, l'institution de l'Education nationale est par trop timorée quant à un projet global qui aurait enfin fait entrer l'école dans le siècle du numérique.

Espérons qu'avec les nouvelles générations de profs qui vont débouler au fur et à mesure des retraites de leurs aînées, se fera sentir par la base la nécessité d'une autre approche de la lecture au travers d'un produit que le 'ludique' n'a pas hésité à s'approprier à grande échelle.

L'ère Gûtemberg a vécu, du moins dans son monopole, faute d'un mieux technologique et pratique jusqu'à une époque récente, mais les décideurs d'encore aujourd'hui sont toujours ceux d'hier. Pourtant, et à l'évidence, les avantages du numérique sont nombreux: gain de poids dans les cartables, accroissement du volume d'information, diminution des contingence de stockage; possibilités offertes aux mal-voyants, sans parler de l'aspect création qui rend plus attrayant un outil plus performant, etc.