Au contraire, c'est exactement, au début de l'an 2003, ce qui est en train de se produire sous nos yeux ahuris, ne serait-ce qu'à commencer par les projets d'un bombardement nucléaire soi-disant 'limité' que les Pentagone nourrissent pour les États voyous tels que l'Irak.
Plus l'essentiel des connaissances de toute nature demeurera gratuitement accessible à tous et à toutes, sans conditions matérielles particulières, plus le niveau moyen de l'intelligence collective sous toutes ses formes tendra à s'élever pour le meilleur, et espérons-le, sans le pire.
Dès lors, les exigences sociales et culturelles se raffermiront toujours davantage, désamorçant volontairement l'économie prédatrice. La nature du travail, définitivement transformée, la démocratie, profondément rénovée, la communauté pourra redevenir aussi vivante et créative qu'au temps jadis. Il ne sera plus jamais ridicule et absurde de parler tout simplement de bonheur domestique.
Je fais maintenant l'éloge du développement durable de la pensée universelle, libre et sans contraintes, ubiquitaire et fraternelle, à travers le réseautage polyglotte de toutes les cultures. Le Livre unique comme pierre philosophale remplacera tous les objets de culte de la communication et de l'information tout en sacrifiant les pyramides aliénantes.
Imaginez tous les cerveaux supérieurement intelligents, interconnectés en permanence, dans l'élaboration transcendant les divers Âges de l'Humanité, d'un tout nouveau projet de civilisation conçu et réalisé sur une base numérique, qui soit finalement assez fluide pour évoluer sans trop de heurts vers la paix et la prospérité perpétuelles. Voilà la seule anti-utopie que je connaisse d'avance, réaliste et réalisable, car elle est d'ores et déjà indispensable à notre survie commune.
La déesse Gaïa est notre jardin intérieur. La révolution industrielle a été son viol collectif. Tout autour de soi, pour qui a pu accéder à ce tragique niveau de conscience cosmique, il n'y a plus que ruines et désolation. La légalité immorale, cruelle et violente, étend sa domination pratiquement absolue dans tous les domaines, en particulier dans l'édition.
La sagesse du livre fut pétrifiée vivante et enfermée à perpétuité, sous bonne garde capitaliste, par l'imprimerie de papier, laquelle n'aura été qu'une technique de conservation et de diffusion des idées plutôt rustique et rudimentaire. Et inefficace à part peut-être le papier d'amiante à l'épreuve de tout - à titre par exemple de double système de sécurité quant à l'archivage total et quasi définitif! Il nous faut finir d'abattre les bastilles qui menacent de s'écrouler avec nous dans l'oubli et la poussière d'étoiles, faute d'assurer la libre circulation immédiate des oeuvres!
Numérisons et libérons la Culture tout entière avant que les vendeurs du Temple ne s'en emparent au nom de l'État sous leur propre gouverne néolibérale ou gauchisante de travers! On ne peut pas voler ni dilapider le domaine public; pis encore, il se trouve trop longtemps restreint aux ayant droits de l'auteur à sa mort: 70 ans, quelle folie! Cet héritage collectif devrait être imposable sans aucun délai: diffusé, distribué inconditionnellement, un point c'est tout!
À les en croire, le patrimoine culturel (ou même génétique) serait marchandisable. Le pillage corporatif de toute façon institutionnalisé à mort, la commercialisation des classiques fait rouler depuis belle lurette la planche à billets des éditeurs. Les États se refusent aujourd'hui à débloquer des budgets conséquents pour la numérisation systématique et exhaustive du fonds public de leurs bibliothèques nationales, tandis que le dépôt légal électronique et sécurisé tarde à devenir obligatoire. Quel espoir subsiste-t-il en ce moment même pour l'avenir du livre numérique, sauf dans le néant constellé d'effroi du sempiternel Marché-Dieu?"
= Jean-Paul, explorateur d'hypermédia