Dans un article daté du 21 juillet 1998 et publié dans ZDNN (ZD Network News),
Martha L. Stone précisait:

"Cette année, le nombre de nouveaux sites non anglophones va probablement dépasser celui de nouveaux sites anglophones, et le monde cyber est en train de véritablement devenir une toile à l'échelle mondiale. […] Selon Global Reach, les groupes de nouveaux sites web qui se développent le plus vite sont les groupes non anglophones: on note une progression de 22,4% pour les sites espagnols, 12,3% pour les sites japonais, 14% pour les sites allemands et 10% pour les sites francophones. On estime à 55,7 millions le nombre de personnes non anglophones ayant accès au Web. […] Alors que 6% seulement de la population mondiale est de langue maternelle anglaise (et 16% d'hispanophones), 80% des pages web sont en anglais."

En contrepartie, même si l'anglais est encore prédominant, il faut cependant noter que de plus en plus de sociétés et d'organismes anglophones prennent conscience du fait que tout le monde ne comprend pas l'anglais. Les sites bilingues ou multilingues sont de plus en plus nombreux, ce pour des raisons aussi bien commerciales que culturelles.

Sensible à ce problème, AltaVista, moteur de recherche utilisé par douze millions d'internautes, mettait en place en décembre 1997 AltaVista Translation, un service de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portuguais), et vice versa. Alimenté par des dictionnaires multilingues contenant plus de 2,5 millions de termes, ce service, gratuit et instantané, a été créé par Systran, société franco-américaine pionnière dans le domaine de la traduction automatique.

La traduction étant entièrement automatisée, elle est évidemment approximative. Le texte à traduire doit être de trois pages maximum, et la page originale et la traduction apparaissent en vis-à-vis sur l'écran. Cet outil a évidemment ses limites, mais il a le mérite d'exister et il préfigure ceux de demain.

De par sa vocation internationale, Internet doit être multilingue. On dispose enfin d'un instrument qui peut abolir les frontières au lieu d'en créer d'autres. De plus en plus de sites offrent des présentations bilingues ou trilingues, voire multilingues, pour toucher un public le plus large possible. Le site du quotidien belge Le Soir, par exemple, offre une présentation du journal en six langues: français, allemand, anglais, espagnol, italien et néerlandais. Le Club des poètes, lui, présente son site en anglais, en espagnol et en portugais.

Robert Ware est le créateur de OneLook Dictionaries, qui permet une recherche rapide dans 2.058.544 mots appartenant à 425 dictionnaires couvrant plusieurs domaines: affaires, informatique et Internet, médecine, religion, sciences et techniques, sports, généralités et argot. Dans son courrier électronique du 2 septembre 1998, il écrivait:

"Un fait intéressant s'est produit dans le passé qui a été très instructif pour moi.

En 1994, je travaillais pour un établissement scolaire et j'essayais d'installer un logiciel sur un modèle d'ordinateur particulier. J'ai trouvé une personne qui était en train de travailler sur le même problème, et nous avons commencé à échanger des courriers électroniques. Soudain, cela m'a frappé… Le logiciel avait été écrit à 40 km de là, mais c'était une personne située de l'autre côté de la planète qui m'aidait. Les distances et les considérations géographiques n'importaient plus!

Et bien, ceci est formidable, mais à quoi cela nous mène-t-il? Je ne puis communiquer qu'en anglais mais, heureusement, mon correspondant pouvait utiliser aussi bien l'anglais que l'allemand qui était sa langue maternelle. Internet a supprimé une barrière, celle de la distance, mais il subsiste la barrière de la langue, bien réelle.