Il semble qu'Internet propulse simultanément les gens dans deux directions différentes. Internet, anglophone à l'origine, relie les gens dans le monde entier. Par là même il favorise une langue commune pour communiquer. Mais il crée aussi des contacts entre des personnes de langue différente et permet ainsi le développement d'un intérêt plus grand pour le multilinguisme. Si une langue commune est appréciable, elle ne remplace en aucun cas cette nécessité.

Internet favorise ainsi à la fois une langue commune et le multilinguisme, et ceci est un facteur qui aide à trouver des solutions. L'intérêt croissant pour les langues et le besoin qu'on en a stimulent de par le monde la création de cours de langues et d'instruments d'aide linguistique, et Internet fournit la possibilité de les rendre disponibles rapidement et à bon marché."

2.2. Le français face au géant anglais

Comme on l'a vu plus haut, le fort pourcentage de l'anglais - 100% à l'origine, environ 80% maintenant - est à la baisse. Comme il s'étend progressivement à tous les continents et à de nombreux pays non anglophones, Internet devient peu à peu multilingue. Le français est pris ici comme "exemple de langue non anglophone".

Les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis 1996. Au début de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998 , lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait: "J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas. A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus de sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone et du Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le Minitel depuis plusieurs années, ce qui a ralenti l'expansion du commerce électronique sur Internet.

"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable, lit-on le 7 novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est pendant la Guerre de cent ans?

Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, déclarait cependant en décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève: "Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le Web ? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n'a rien à offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme." Ces remarques sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux ? On aurait pu les comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles soient encore de mise aujourd'hui, il suffit de naviguer sur le Web francophone pour s'en rendre compte.

Le français n'est pas seulement la langue de la France, du Québec et d'une partie de la Belgique et de la Suisse. Il est la langue officielle de 49 états, dont un certain nombre de pays africains, ce qui représente 500 millions de personnes. Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est l'Agence de la francophonie. Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones, elle en comptait 47 en 1997. "Instrument de coopération multilatérale née d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le concert des nations, [elle] participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat général de la Francophonie."

S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que leur langue ait sa place en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.

C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS - Centre national de la recherche scientifique) qui, en France, a été le premier annuaire de sites web en langue française. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à petit fleurissaient dans le monde francophone. Créé au début de 1994, il a d'abord recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus généraliste.