Tyler écrit en septembre 1998 lors d'un entretien par courriel: «Le multilinguisme sur le web était inévitable bien avant que ce médium ne se développe vraiment. Mon premier vrai contact avec l'internet date de 1994, un peu après ses débuts mais bien avant son expansion. 1994 a été aussi l'année où j'ai débuté mon premier projet web multilingue [The Human-Languages Page, NDLR], et il existait déjà un nombre significatif de ressources linguistiques en ligne. Ceci était antérieur à la création de Netscape. Mosaic était le seul navigateur sur le web, et les pages web étaient essentiellement des documents textuels reliés par des hyperliens. Avec l'amélioration des navigateurs et l'expérience acquise par les usagers, je ne pense pas qu'il existe une langue vivante qui ne soit pas maintenant représentée sur le web, que ce soit la langue des Indiens d'Amérique ou les dialectes moyen-orientaux. De même une pléthore de langues mortes peut maintenant trouver une audience nouvelle avec des érudits et autres spécialistes en ligne. À ma connaissance, très peu de jeux de caractères ne sont pas disponibles en ligne: les navigateurs ont maintenant la possibilité de visualiser les caractères romains, asiatiques, cyrilliques, grecs, turcs, etc. Accent Software a un produit appelé "Internet avec accents" qui serait capable de visualiser plus de 30 encodages différents. S'il existe encore des obstacles à la diffusion d'une langue spécifique sur le web, ceci ne devrait pas durer.»
En ce qui concerne les projets en ligne de Tyler: «Mon activité en ligne a été de rendre l'information linguistique accessible à davantage de gens par le biais de deux de mes projets sur le web [Human-Languages Page et Internet Dictionary Project, NDLR]. Bien que je ne sois pas multilingue, ni même bilingue moi-même, je suis conscient du fait que très peu de domaines ont une importance comparable à celle des langues et du multilinguisme. L'internet m'a permis de toucher des millions de personnes et de les aider à trouver ce qu'elles cherchaient, chose que je suis heureux de faire. (…) Dans l'ensemble, je pense que le web est important pour la sensibilisation aux langues et pour les questions culturelles. Dans quel autre endroit peut-on chercher au hasard pendant vingt minutes et trouver des informations susceptibles de vous intéresser dans trois langues différentes sinon plus? Les médias de communication rendent le monde plus petit en rapprochant les gens; je pense que le web est le premier médium - bien plus que le courrier, le télégraphe, le téléphone, la radio ou la télévision - à réellement permettre à l'usager moyen de franchir les frontières nationales et culturelles. (…) Notre monde est désormais suffisamment petit pour tenir sur un écran d'ordinateur.»
Comment Tyler voit-il l'avenir? «Je pense que l'avenir de l'internet réside dans davantage de multilinguisme, d'exploration et de compréhension multiculturelles que nous n'en avons jamais vu. Toutefois l'internet sera seulement le médium au travers duquel l'information circule. Comme le papier qui sert de support au livre, l'internet en lui-même augmente très peu le contenu de l'information. Par contre il augmente énormément la valeur de celle-ci dans la capacité qu'il a de communiquer cette information. Dire que l'internet aiguillonne le multilinguisme est à mon sens une opinion fausse. C'est la communication qui aiguillonne le multilinguisme et l'échange multiculturel. L'internet est seulement le mode de communication le plus récent qui soit accessible aux gens plus ou moins ordinaires. L'internet a un long chemin à parcourir avant d'être omniprésent dans le monde entier, mais il est vraisemblable que lui-même ou un médium de la même lignée atteigne ce but. Les langues deviendront encore plus importantes qu'elles ne le sont quand tout le monde pourra communiquer à l'échelle de la planète (à travers le web, les discussions, les jeux, le courrier électronique, ou toute application appartenant encore au domaine de l'avenir), mais je ne sais pas si ceci mènera à un renforcement des attaches linguistiques ou à une fusion des langues jusqu'à ce qu'il n'en subsiste plus que quelques-unes ou même une seule. Une chose qui m'apparaît certaine est que l'internet sera toujours la marque de notre diversité, y compris la diversité des langues, même si cette diversité diminue. Et c'est une des choses que j'aime au sujet de l'internet, c'est un exemple à l'échelle mondiale du dicton: "Cela n'a pas vraiment disparu tant que quelqu'un s'en souvient." Et les gens se souviennent.»
Au printemps 2001, la Human-Languages Page fusionne avec le Languages Catalog (Catalogue des langues), une section de la WWW Virtual Library, pour devenir iLoveLanguages. En septembre 2003, iLoveLanguages offre 2.000 ressources linguistiques dans une centaine de langues. Quant à l'Internet Dictionary Project, faute de temps, Tyler met fin à ce projet en janvier 2007, tout en laissant les dictionnaires existants tels quels sur le web pour consultation ou téléchargement.
= NetGlos
NetGlos - abrégé de The Multilingual Glossary of Internet Terminology - est lancé en 1995 à l'initiative du WorldWide Language Institute (WWLI). Il s'agit d'un projet coopératif en treize langues (allemand, anglais, chinois, croate, espagnol, français, grec, hébreu, hollandais/flamand, italien, maori, norvégien et portugais), avec la participation de nombre de traducteurs et autres professionnels des langues.
Brian King, directeur du WorldWide Language Institute, explique en septembre 1998: «Bien que l'anglais soit la langue la plus importante du web et de l'internet en général, je pense que le multilinguisme fait inévitablement partie des futures orientations du cyberespace. Voici quelques éléments qui, à mon sens, permettront que le web multilingue devienne une réalité:
1. <La popularisation des technologies de l'information>. La technologie des ordinateurs a longtemps été le seul domaine d'une élite "technicienne", à l'aise à la fois dans des langages de programmation complexes et en anglais, la langue universelle des sciences et techniques. Au départ, les ordinateurs n'ont jamais été conçus pour manier des systèmes d'écriture ne pouvant être traduits en ASCII. Il n'y avait pas de place pour autre chose que les 26 lettres de l'alphabet anglais dans un système d'encodage qui, à l'origine, ne pouvait même pas reconnaître les accents aigus et les trémas, sans parler de systèmes non alphabétiques comme le chinois. Mais la tradition a été bouleversée, et la technologie popularisée. Des interfaces graphiques tels que Windows et Macintosh ont accéléré le processus. La stratégie de marketing de Microsoft a consisté à présenter son système d'exploitation comme facile à utiliser par le client moyen. A l'heure actuelle, cette facilité d'utilisation s'est étendue au-delà du PC vers le réseau internet, si bien que même ceux qui ne sont pas programmeurs peuvent maintenant insérer des applets Java dans leurs pages web sans comprendre une seule ligne de programmation.
2. <La compétition entre les grandes sociétés pour une part de "marché global">. L'extension de cette popularisation à l'échelon local est l'exportation des technologies de l'information dans le monde entier. La popularisation est maintenant effective à l'échelon mondial, et l'anglais n'est plus nécessairement la langue obligée de l'utilisateur. Il n'y a plus vraiment de langue indispensable, il y a les langues propres aux utilisateurs. Une chose est certaine: il n'est plus nécessaire de comprendre l'anglais pour utiliser un ordinateur, de même qu'il n'est plus nécessaire d'avoir un diplôme d'informatique. La demande des utilisateurs non anglophones - et l'effort entrepris par les sociétés de haute technologie se faisant concurrence pour obtenir les marchés mondiaux - ont fait de la localisation un secteur en expansion rapide dans le développement des logiciels et du matériel informatique. Le premier pas a été le passage de l'ASCII à l'ASCII étendu. Ceci signifie que les ordinateurs commençaient à reconnaître les accents et les symboles utilisés dans les variantes de l'alphabet anglais, symboles qui appartenaient le plus souvent aux langues européennes. Cependant une page ne pouvait être affichée que dans une seule langue à la fois.
3. <L'innovation technologique>. L'innovation la plus récente est l'Unicode. Bien qu'il soit encore en train d'évoluer et qu'il ait tout juste été incorporé dans les derniers logiciels, ce nouveau système d'encodage traduit chaque caractère en 16 octets. Alors que l'ASCII étendu à huit bits pouvait prendre en compte un maximum de 256 caractères, l'Unicode peut prendre en compte plus de 65.000 caractères uniques et il a donc la possibilité de traiter informatiquement tous les systèmes d'écriture du monde. Les instruments sont maintenant plus ou moins en place. Ils ne sont pas encore parfaits, mais on peut désormais surfer sur le web en utilisant le chinois, le japonais, le coréen, et nombre d'autres langues n'utilisant pas l'alphabet occidental. Comme l'internet s'étend à des parties du monde où l'anglais est très peu utilisé, par exemple la Chine, il est naturel que ce soit le chinois et non l'anglais qui soit utilisé. La majorité des usagers en Chine n'a pas d'autre choix que sa langue maternelle.