[12.1. L’internet, espace de liberté // 12.2. Domaine public versus copyright // 12.3. La convergence multimédia // 12.4. La relation information-utilisateur // 12.5. Ecriture et édition en ligne // 12.6. Numérique versus imprimé]

«L’internet pose une foule de questions et il faudra des années pour organiser des réponses, imaginer des solutions», écrit en janvier 2001 Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, une tablette numérique de lecture nomade. «L’état d’excitation et les soubresauts autour de la dite "nouvelle" économie sont sans importance, c’est l’époque qui est passionnante.»

12.1. L’internet, espace de liberté

Apparu en 1974, l'internet se développe à partir de 1983 et prend son essor avec l’avènement du web en 1990 et l’apparition du premier navigateur en 1993. Quelque trente ans après les débuts de l'internet, «ses trois pouvoirs - l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi infini», lit-on dans le quotidien Le Monde du 19 août 2005. Nous sommes un milliard à utiliser l’internet à la fin 2006.

Mais comment définir l'internet autrement que par ses composantes techniques? Sur le site de l’Internet Society (ISOC), organisme international coordonnant le développement du réseau, A Brief History of the Internet propose une triple définition. L’internet est: a) un instrument de diffusion internationale, b) un mécanisme de diffusion de l’information, c) un moyen de collaboration et d’interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio, ordinateur), l’internet révolutionne de fond en comble le monde des communications. Il représente l'un des exemples les plus réussis d’interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement d’une infrastructure de l’information, dans le cadre d’un réel partenariat entre les gouvernements, les entreprises et les universités.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), organisme international de normalisation du web, Bruce Sterling décrit le développement spectaculaire de l’internet dans Short History of the Internet. L’internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires et les télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre de machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D’abord présent dans l’armée et dans les instituts de recherche, l’internet déferle dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est également pris d’assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s’intéresse aux raisons pour lesquelles on se connecte à l’internet. Une raison majeure lui semble être la liberté. L’internet est un exemple d’«anarchie réelle, moderne et fonctionnelle». Il n’y a pas de société régissant l’internet. Il n’y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comités de direction ou d’actionnaires. Toute personne peut parler d’égale à égale avec une autre, du moment qu’elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ni politiques mais strictement techniques. Malgré tous les efforts des «dinosaures» politiques et commerciaux, il est difficile à quelque organisme que ce soit de mettre la main sur l’internet. C’est ce qui fait sa force.

On y voit aussi une réelle solidarité. Christiane Jadelot, ingénieur d’études à l’INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), relate en juin 1998: «J’ai commencé à utiliser vraiment l’internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s’appelait Mosaic. J’ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique, littérature… Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l’on trouve. J’ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J’avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s’appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J’ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J’ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème!»

Quelles sont les relations entre l’internet et les autres médias? En janvier 1998, lors d’un entretien avec Annick Rivoire, journaliste du quotidien Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que l’internet va contribuer à la fin des monopoles: «Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie "ah! le monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l’internet sonne la fin du monopole de la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires.» D'après lui, l'internet ouve la voie à une intelligence collective: «Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie.»