Christian Vandendorpe, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste des théories de la lecture, résume les développements probables. «Le livre électronique va accélérer cette mutation du papier vers le numérique, surtout pour les ouvrages techniques, prédit-il dès mai 2001. Mais les développements les plus importants sont encore à venir. Lorsque le procédé de l’encre électronique sera commercialisé sous la forme d’un codex numérique plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière réfléchie, comparable à celle du papier - ce qui devrait être courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait guère de doute que la part du papier dans nos activités de lecture quotidienne descendra à une fraction de ce qu’elle était hier. En effet, ce nouveau support portera à un sommet l’idéal de portabilité qui est à la base même du concept de livre.
Tout comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait lui-même déplacé la tablette d’argile, le codex numérique déplacera le codex papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques décennies, grâce notamment au procédé d’impression sur demande qui sera bientôt accessible dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages susceptibles de permettre l’affichage de millions de livres, de journaux ou de revues, le codex numérique offrira en effet au lecteur un accès permanent à la bibliothèque universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité, qui répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de l’indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des recherches plein texte et de trouver immédiatement le passage qui l’intéresse. Enfin, le codex numérique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothèque et accélérera la mutation d’une culture de la réception vers une culture de l’expression personnelle et de l’interaction.»
= E Ink
Le développement du papier électronique débute dès 1997. On peut le définir comme un support souple d’une densité comparable au papier plastifié ou au transparent. Ce support peut être utilisé indéfiniment et le texte changé à volonté au moyen d’une connexion sans fil. Si le concept est révolutionnaire, le produit lui-même est le résultat d’une fusion entre trois sciences : la chimie, la physique et l’électronique. Plusieurs équipes travaillent à des projets différents, le plus connu étant E Ink.
Fondée en avril 1997 par des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of Technology), la société E Ink met au point une technologie d'encre électronique. Il s'agit d'une technologie à particules, dites électrophorétiques. Très schématiquement, on peut la décrire ainsi : prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de microcapsules contiennent chacune des particules noires et blanches en suspension dans un fluide clair. Un champ électrique positif ou négatif permet de faire apparaître le groupe de particules souhaité à la surface du support, afin d’afficher, de modifier ou d’effacer les données.
En juillet 2002, E Ink présente le prototype du premier écran utilisant cette technologie, un écran de haute résolution à matrice active développé en partenariat avec les sociétés Toppan et Philips. La commercialisation de cet écran de 6 pouces est effective en avril 2004 pour le Librié de Sony, suivi ensuite de l’iLiad d’Irex Technologies puis du Sony Reader en décembre 2006.
Dès ses débuts, E Ink envisage des livres et journaux électroniques sur support souple, notamment ce que la société appelle provisoirement le RadioPaper, qui donnera les nouvelles du jour via l'internet sans fil. Un projet qui deviendra bientôt réalité dans les usines de Plastic Logic en Europe et de LG.Philips LCD en Asie, avec des produits utilisant tous deux la technologie E Ink.
Fondée en 2000, la société britannique Plastic Logic est spécialisée dans le développement et la production de papier électronique. Avec un poids infime de 62 grammes (un quotidien imprimé pèse 375 grammes), cet écran souple à matrice active aura au départ quatre niveaux de gris. Le fait de plier le support souple déclenchera le chargement d'une nouvelle page. Le téléchargement des livres et journaux se fera par connexion WiFi. En janvier 2007, Plastic Logic annonce la construction de son premier site de production de papier électronique dans la région de Dresde, en Allemagne, avec début de production en 2008. Si l'affichage des données se fera en noir et blanc dans un premier temps, la couleur est prévue pour 2010 et la vidéo pour 2012.
La société coréenne LG.Philips LCD travaille quant à elle sur un prototype d’écran flexible couleur. Un écran souple de 10,1 pouces est d'abord disponible en noir et blanc en octobre 2005, suivi d'un écran souple de 14,1 pouces en mai 2006 puis d'un écran couleur de même taille en mai 2007. Le groupe japonais Epson présente lui aussi un papier électronique ultrafin et de haute résolution en avril 2007.
En mai 2007, la société E Ink présente le successeur de sa technologie E Ink sous le nom de Vizplex Imaging Film, appelé plus simplement Vizplex, une technologie EPD (electronic paper display) avec un chargement d’image deux fois plus rapide (740 microsecondes au lieu de 1200), une image plus constrastée (20% de plus) et huit niveaux de gris au lieu de quatre. Les premiers modèles utilisant la technologie Vizplex seront produits dès l’été 2007 par PrimeView International (PVI), qui est à ce jour le seul fabricant d’écrans EPD à matrice active. Les futurs écrans souples auront une diagonale de 1,9 pouces, 5 pouces, 6 pouces, 8 pouces et 9,7 pouces. Ils équiperont divers appareils : téléphones mobiles, lecteurs de MP3, accessoires PC, assistants personnels (PDA), affichettes commerciales, dictionnaires électroniques, tablettes de lecture et tablettes PC. La génération précédente (technologie E Ink) se limite aux écrans de 6 pouces équipant les tablettes de lecture.