Fondée en avril 1996 par Brewster Kahle à San Francisco, l’Internet Archive a pour but premier de constituer, stocker, préserver et gérer une "bibliothèque" de l’internet, en archivant régulièrement la totalité du web, afin d’offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et historiens, et de préserver un historique de l’internet pour les générations futures. En octobre 2001, l’Internet Archive met ses archives en accès libre sur le web grâce à la Wayback Machine, qui permet à tout un chacun de consulter l’historique d’un site web, à savoir le contenu et la présentation d’un site web à différentes dates, théoriquement tous les deux mois, à partir de 1996. Toutes ces collections sont en consultation libre sur le web. Les archives du web représentent 300 téraoctets (To) de données en 2004, avec une croissance de 12 téraoctets par mois. Ces archives représentent 30 millions de pages web en 1996, 65 milliards de pages web (provenant de 50 millions de sites web) en décembre 2006 et 85 milliards de pages web en mai 2007.

Depuis la fin 1999, l'Internet Archive constitue aussi des collections numériques spécifiques, par exemple les sites relatifs au 11 septembre 2001, les sites relatifs aux élections de 2000 (présidentielles) et 2002 (élections du Congrès et des gouverneurs des Etats), les sites des pionniers du web, le Million Book Project (10.520 livres en avril 2005), des archives de films de la période 1903-1973, des archives de concerts "live" récents, des archives de logiciels, etc. Toutes ces collections sont en consultation libre sur le web, y compris la grande bibliothèque numérique (Text Archive) en cours de constitution. A cet effet, l'Internet Archive fonde en janvier 2005 l'Open Content Alliance (OCA), une initiative visant à créer un répertoire libre et multilingue de livres numérisés et de documents multimédia pour consultation et téléchargement sur n'importe quel moteur de recherche.

1996: ENSEIGNEMENT ET INTERNET

[Résumé]

Sur le site de l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le développement de l’internet, Vinton Cerf explique: "Le réseau fait deux choses (…): comme les livres, il permet d’accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d’autres informations. Alors que, dans un livre, l’information est maintenue isolée." De plus, l’information contenue dans les livres reste la même, au moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie l’information la plus récente qui, elle, est en constante mutation. Il s'ensuit un changement dans la manière d'enseigner. En septembre 1996, Dale Spender, professeur à l’Université de Queensland (Australie), tente d’analyser ce changement lors d'une communication de la 14e conférence mondiale de l’IFIP (International Federation of Information Processing).

[En détail]

Vinton Cerf co-invente en 1974 avec Bob Kahn le protocole TCP/IP, à la base de tout échange de données sur le réseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le développement de l’internet, Vinton Cerf explique: "Le réseau fait deux choses (…): comme les livres, il permet d’accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d’autres informations. Alors que, dans un livre, l’information est maintenue isolée."

De plus, l’information contenue dans les livres reste la même, au moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie l’information la plus récente qui, elle, est en constante mutation. Il s'ensuit un changement dans la manière d'enseigner. Dès septembre 1996, dans Creativity and the Computer Education Industry, une communication de la 14e conférence mondiale de l’IFIP (International Federation of Information Processing), Dale Spender, professeur à l’Université de Queensland (Australie), tente d’analyser ce changement. Voici son argumentation résumée en deux paragraphes.

Depuis plus de cinq siècles, l’enseignement est essentiellement basé sur l’information procurée par les livres. Or les habitudes liées à l’imprimé ne peuvent être transférées dans l’univers numérique. L’enseignement en ligne offre des possibilités tellement nouvelles qu’il n’est guère possible d’effectuer les distinctions traditionnelles entre enseignant et enseigné. Le passage de la culture imprimée à la culture numérique exige donc d’entièrement repenser le processus d’acquisition du savoir, puisqu'on a maintenant l’opportunité sans précédent de pouvoir influer sur le type d’enseignement qu'on souhaite recevoir.

Dans la culture imprimée, l’information contenue dans les livres reste la même pendant un certain temps, ce qui encourage à penser que l’information est stable. La nature même de l’imprimé est liée à la notion de vérité, stable elle aussi. Cette stabilité et l’ordre qu’elle engendre sont un des fondements de l’âge industriel et de l’ère des sciences et techniques. Les notions de vérité, de loi, d’objectivité et de preuve sont le fondement de nos croyances et de nos cultures. Mais le numérique change tout ceci. Soudain l’information en ligne supplante l’information imprimée pour devenir la plus fiable et la plus utile, et l’usager est prêt à la payer en conséquence. Cette transformation radicale de la nature même de l’information doit être au coeur du débat sur les nouvelles méthodes d’enseignement.