En juillet 1998, Patrick Rebollar, professeur de français et d’informatique dans des universités japonaises, analyse l’impact de l’internet sur sa vie professionnelle: "Mon travail de recherche est différent, mon travail d’enseignant est différent, mon image en tant qu’enseignant-chercheur de langue et de littérature est totalement liée à l’ordinateur, ce qui a ses bons et ses mauvais côtés (surtout vers le haut de la hiérarchie universitaire, plutôt constituée de gens âgés et technologiquement récalcitrants). J’ai cessé de m’intéresser à certains collègues proches géographiquement mais qui n’ont rien de commun avec mes idées, pour entrer en contact avec des personnes inconnues et réparties dans différents pays (et que je rencontre parfois, à Paris ou à Tokyo, selon les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La différence est d’abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de méthode de documentation, puis de méthode d’enseignement privilégiant l’acquisition des méthodes de recherche par mes étudiants, au détriment des contenus (mais cela dépend des cours). Progressivement, le paradigme réticulaire l’emporte sur le paradigme hiérarchique - et je sais que certains enseignants m’en veulent à mort d’enseigner ça, et de le dire d’une façon aussi crue. Cependant ils sont obligés de s’y mettre…"
Professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, Russon Wooldridge relate en mai 2001: "Mes activités de recherche, autrefois menées dans une tour d'ivoire, se font maintenant presque uniquement par des collaborations locales ou à distance. (…) Tout mon enseignement exploite au maximum les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je mets tous les matériaux des cours. Je mets toutes les données de mes recherches des vingt dernières années sur le web (réédition de livres, articles, textes intégraux de dictionnaires anciens en bases de données interactives, de traités du 16e siècle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'édite un journal, je collabore avec des collègues français, mettant en ligne à Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier en ligne chez eux."
1997: PUBLICATION NUMERIQUE
[Résumé]
Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques, dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les réactualisations régulières. On observe un tournant majeur en 1997. Certaines universités diffusent par exemple des manuels "sur mesure" composés de quelques chapitres sélectionnés dans une vaste base de données, un choix complété par des articles et par les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande pour un document rassemblant quelques textes et transmis par voie électronique à un imprimeur.
[En détail]
Depuis les années 1970, la chaîne traditionnelle de l'édition est soumise à de nombreux bouleversements. Le marché de l'imprimerie traditionnelle est d'abord ébranlé par l'apparition des machines de photocomposition. Les coûts d'impression continuent ensuite de baisser avec les procédés d'impression assistée par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matériel d'impression numérique. L'impression est désormais souvent assurée à bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et des entreprises d'arts graphiques. La numérisation accélère aussi le processus de rédaction, puisque le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel chargé de la mise en page peuvent travailler simultanément sur le même ouvrage.
Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques, dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les réactualisations régulières. Certaines universités diffusent par exemple des manuels "sur mesure" composés de quelques chapitres sélectionnés dans une vaste base de données, un choix complété par des articles et par les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande pour quelques textes transmis par voie électronique à un imprimeur.
L'interaction entre document imprimé et document électronique devient omniprésente, et elle s'accentuera encore dans les prochaines années, à tel point qu'il deviendra probablement ridicule d'établir une distinction entre document électronique et document imprimé. Déjà, à l'heure actuelle, pratiquement tous les documents imprimés récents sont issus d'une version électronique sur traitement de texte, tableur ou base de données. De plus en plus de documents n'existent désormais qu'en version électronique, et de plus en plus de documents imprimés sont numérisés.
Outre sa facilité d'accès et son faible coût, le document électronique peut être régulièrement actualisé. Point n'est besoin d'attendre une nouvelle édition imprimée soumise aux contraintes commerciales et aux exigences de l'éditeur. L'édition électronique apparaît donc comme une bonne solution pour résoudre les problèmes budgétaires des presses universitaires et des éditeurs axés sur la publication d'ouvrages de recherche.