Réponse de madame la marquise de La Rochejaquelein à M. le général comte de Goltz, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Prusse.
Paris, le 10 novembre 1817.
Monsieur le Comte,
C'est avec un profond attendrissement, et j'ose ajouter avec un noble et juste orgueil, que mon fils et moi recevrons les glorieux présens par lesquels l'armée prussienne se plaît à signaler son estime pour le généreux dévouement de MM. de Lescure et de La Rochejaquelein à la cause de leur roi. Certes, il doit être permis à des coeurs français qui n'ont jamais battu que pour l'honneur et la gloire, de tressaillir en recevant de tels témoignages de la part de tels guerriers.
Quand vous m'avez annoncé, Monsieur le Comte, les dons que l'armée prussienne daigne me faire, j'ai cru ma reconnaissance à son comble; il me semblait que cette marque de bienveillance épuisait toute ma sensibilité: mais vous m'avez appris que de plus vives émotions pouvaient encore s'élever dans mon ame, en ajoutant que les candélabres dont je vais être honorée ont quelque rapport avec ceux qui ornent la tombe auguste d'une reine dont le monde gardera l'héroïque souvenir, dont la Prusse pleurera à jamais la perte.
L'histoire, qui racontera tout ce qu'a fait de grand l'armée prussienne pour affranchir la Prusse, la France et l'Europe, dira aussi que cette armée, juste appréciatrice de la loyauté, de l'honneur et de la fidélité, a voulu honorer ces vertus dans la mémoire de ceux qui en furent les victimes. Il appartenait à des guerriers qui ont fait triompher la cause sacrée pour laquelle MM. de Lescure et de La Rochejaquelein ont combattu jusqu'à la mort, d'enrichir leur famille d'un monument de gloire qui s'y conservera de génération en génération. Tout le sang des miens est consacré à leur roi; l'épée que vous allez confier aux mains de mou fils, encore enfant, en lui rappelant vos exploits et les actions de son père, m'est un sûr garant qu'il se rendra digne de la porter.
Ces nobles dons, Monsieur le Comte, reçoivent encore plus de prix de la main qui a bien voulu se charger de nous les offrir: ce sera un nouvel honneur pour nous de les tenir de votre excellence même. Je voudrais pouvoir hâter un si beau moment; mais vous avez la bonté de me demander le jour où je pourrai avoir l'honneur de vous recevoir: c'est avec un grand regret que je me vois forcée de vous prier d'attendre jusqu'au jeudi 20 novembre, à cause de l'éloignement de mon fils que je vais faire venir.
Les hautes leçons que lui donnent de tels gages d'une estime qu'il n'a pu encore mériter, se joindront aux grands exemples que lui ont laissés ses parens. Hélas! pourquoi faut-il que sa mère infortunée ait acheté tant de gloire par d'inconcevables douleurs!
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération, Monsieur le Comte, Votre très-humble et très-obéissante servante, Signé Donnissan, marquise de La Rochejaquelein.