Le premier adjoint, chevalier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur, Labroue.

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS.

Charette, qui commandait dans le Bas-Poitou, prit rarement part aux opérations des grandes armées vendéennes. Madame la marquise de La Rochejaquelein n'a pu donner que des renseignemens peu détaillés sur ses troupes, sur sa conduite, sur ses faits d'armes et son caractère. Les Mémoires qu'on vient de lire, et qui sont si remplis d'intérêt, se terminent avant l'époque où ce chef habile, resté seul de tant de guerriers, fut encore long-temps l'appui et l'espérance des royalistes. On nous a remis des notes fort précieuses qui furent écrites par une personne attachée à son armée. L'auteur de ces notes ne les a point tracées de suite et dans un ordre méthodique; ce sont de simples fragmens, mais qui, rapprochés des faits que rapporte madame de La Rochejaquelein dans ses Mémoires, complètent l'histoire de Charette par le récit de ses derniers exploits, de sa détresse, de ses périls et de sa mort courageuse.

ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES.

I.

La troupe d'insurgés, que M. Charette commanda dans le principe, appartenait à un territoire peu étendu. Ce ne fut que successivement et à l'aide de circonstances, ou fortuites ou amenées par son habileté, qu'il parvint à réunir une armée assez nombreuse. Son rôle ne devint brillant que lorsque les armées d'Anjou et du centre eurent effectué le passage de la Loire.

Le pays, dans lequel il organisa sa première bande, ne comprenait que le district de Machecoul et une très-faible partie de celui de Challans. On ne pense pas que sa population guerrière, en la formant de tous les individus, depuis vingt ans jusqu'à cinquante, fournît au-delà de 4,000 hommes, et encore étaient-ce de bien mauvais soldats. Lorsque, dans la suite, ce pays ne fit plus qu'une division de l'armée de Charette, c'était celle sur laquelle il comptait le moins.

Le surplus du district de Machecoul et la partie insurgée de celui de Paimboeuf, connu sous le nom de Pays de Retz, obéissaient à M. le chevalier de La Cathelinière qui, pendant toute sa vie, entretint plutôt des relations d'amitié que de dépendance avec M. Charette. Ce dernier canton, découvert, accessible et entouré de villes et de postes qui étaient restés fidèles au parti républicain, ne tarda pas à être accablé; le chevalier de La Cathelinière, poursuivi à outrance, malade, fut pris à la fin de 1793, et les soldats de sa bande, commandés par Guérin l'aîné, ne pouvant plus tenir dans un pays que traversaient journellement les colonnes ennemies, vinrent se joindre à l'armée de M. Charette dont elle composait l'avant-garde. C'était là son meilleur corps, celui à qui il a dû la meilleure partie de ses succès dans la campagne de 1794. On pouvait envisager les paysans qui le composaient comme des soldats enrégimentés. Chassés par la force de leurs foyers, et n'y pouvant rentrer qu'à travers les plus grands périls, ils n'avaient d'asile et de ressource que dans les camps; et si cette position désespérée dut enflammer leur courage, il était encore exalté par le désir de venger le massacre de leurs familles et l'incendie de leurs maisons.

L'autre portion du district de Paimboeuf, les cantons actuels de Saint-Jean-Demont, Beauvoir, Saint-Gilles (le chef-lieu excepté), donnèrent naissance à une autre bande que commanda M. Guerres de la Fortinière, demeurant aujourd'hui à Chavane. Cette troupe, appelée Troupe du Marais, prit Noirmoutier dès le commencement de l'insurrection et ne la garda pas long-temps. La reprise de cette place indisposa les soldats de M. Guerres, comme celle de Pornic avait exaspéré ceux de M. de La Roche-Saint-André. La fuite du chef amena encore ce territoire sous l'obéissance de M. Charette.

Les sieurs Jolly et Savin furent deux autres chefs indépendans qui commandaient le territoire situé entre la route de Legé aux Sables et celle de La Roche-sur-Yon au même endroit, du moins leur pouvoir s'étendait peu au-delà de ces limites. Leurs troupes étaient séparées, mais agirent souvent de concert. Elles tentèrent deux fois le siège des Sables et furent repoussées.