Beaucoup d'autres furent moins heureux, et ont péri, soit sur l'échafaud, soit dans la retraite, sans que j'aie pu savoir les circonstances de leur mort. MM. de la Marsonnière, Durivault, de Pérault, d'Isigny, de Marsanges, de Villeneuve, Lamothe, Desnoues, le dernier frère Beauvolliers, etc., finirent ainsi.
Le vieux M. d'Auzon fut pris à Blain avec son domestique; il voulut obtenir la vie de ce brave garçon qui était resté pour le soigner. Quand on vit l'intérêt qu'il y prenait, on commença par fusiller le domestique, pour rendre plus amère la mort de ce bon vieillard.
M. de Sanglier mourut de fatigue et de maladie, à cheval, entre ses deux petites filles, qui avaient la petite vérole; depuis on en a retrouvé une[20]. M. de Laugrenière périt sur l'échafaud à Nantes.
[Note 20: Aujourd'hui madame de Gréauline.]
M. de Scépeaux se cacha, et devint par la suite général d'une troupe de
Chouans, aux environs de Candé et d'Ancenis.
M. de Lacroix fut dénoncé par quatre déserteurs qui demandèrent une récompense. Carrier, après avoir fait exécuter M. de Lacroix, les envoya à Angers avec une prétendue lettre de recommandation, qui contenait l'ordre de les faire fusiller.
Le jeune M. de Beaucorps fut pris: une multitude de coups de sabre au visage le rendaient méconnaissable; il répondit de manière à laisser croire que ses blessures avaient troublé sa raison. On ne put deviner s'il était Vendéen ou bleu, et on le garda en prison: il en sortit à l'amnistie.
Deux de nos bons officiers, MM. Odaly et Brunet son cousin, étaient couchés ensemble quand on les vint chercher pour être fusillés; on appela M. Odaly et son cousin, qui n'eut pas l'air de croire que cela le regardait, et qui fut ainsi oublié.
M. de Solilhac, après s'être échappé du Mans où il avait été fait prisonnier, trouva moyen de se procurer une feuille de route et un habit de soldat; il traversa toute la France, en passant même par Paris; il arriva aux avant-postes de l'armée du nord, et de-là passa dans le camp des Anglais. Le duc d'York accueillit avec empressement un Vendéen qui pouvait donner des détails précis sur une guerre encore fort mal connue par les étrangers; il envoya ensuite M. de Solilhac à Londres. Les ministres le reçurent fort bien, et lui demandèrent beaucoup de renseignemens pour diriger les expéditions qu'ils parlaient sans cesse d'envoyer dans l'ouest. Au bout de quelques mois, M. de Solilhac se lassa de tant de projets sans exécution; il se jeta dans une barque, arriva sur la côte de Bretagne, se fit garçon meunier, souleva quelques paroisses, et devint chef d'une division de chouans.
M. Allard avait passé la Loire. Il fut pris sur l'autre bord, après avoir erré plusieurs jours. Une commission le condamna; il allait être fusillé, lorsqu'on cria aux armes! Le supplice fut suspendu. Pendant cet instant de répit, son air de jeunesse et de candeur intéressa; on rétracta le jugement; il fut enrôlé dans un bataillon et envoyé en garnison dans l'île de Noirmoutier. Au bout de quelque temps, il s'échappa et revint sur le continent, en traversant témérairement le bras de mer qui sépare Noirmoutier de la terre. Il alla se présenter à M. de Charette, qui le reçut d'abord assez mal. M. Allard fit bientôt connaître son courage et son mérite. M. de Charette lui donna une division à commander. C'est lui qui fut le prétexte de la seconde guerre: des soldats qui étaient sous ses ordres violèrent l'armistice; les républicains le prirent par ruse et le mirent en prison. M. de Charette le réclama, fut refusé, et l'on reprit les armes.