Il m'est impossible de vous dire, Monsieur le Comte, tous les sentimens dont je suis pénétrée. Je viens de recevoir une lettre de M. le comte de Gibon qui me transmet celle par laquelle vous lui annoncez que Sa Majesté daigne confier à la famille de La Rochejaquelein la conservation des étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa garde.

Hélas! dans ma douleur profonde, je ne me croyais susceptible d'aucune consolation. J'ai perdu, pour la cause du roi, tant d'êtres qui m'étaient chers, que je me trouve, pour ainsi dire, isolée dans le monde avec mes huit enfans; mais cette marque de bonté de Sa Majesté remet quelque sentiment de calme dans mon ame flétrie par tant de perles cruelles, et je sens que je puis jouir encore des témoignages d'estime et de confiance que Sa Majesté veut bien accorder à la famille de mon mari.

Ces étendards, nous les conserverons avec orgueil. Veuillez donc, Monsieur le Comte, déposer aux pieds de Sa Majesté l'hommage de notre profonde reconnaissance. Je voudrais même, s'il était possible, la consacrer en quelque sorte, en changeant le support de nos armes, et en prenant les deux étendards à la place des deux lions; on les réunirait par une bande, sur laquelle seraient ces mots: Vendée, Bordeaux, Vendée. Cela indiquerait à la fois les différens temps et les différens théâtres sur lesquels la famille a versé son sang pour son roi. Je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien demander l'autorisation de Sa Majesté, et lui dire en même temps que tout ce qui peut rappeler à mes enfans les nobles exemples du dévouement de leur père et de leur famille, m'occupera jusqu'à mes derniers momens.

J'ai l'honneur d'être, etc.
DONNISSAN DE La ROCHEJAQUELEIN.

MINISTÈRE DE LA MAISON DU ROI.

Paris, le 17 avril 1817.

Madame la Marquise,

Vous avez désiré obtenir du Roi de pouvoir joindre aux armes de la famille de La Rochejaquelein des supports représentant les deux étendards de l'ancienne compagnie des grenadiers à cheval de sa garde, en les réunissant par une bande portant ces mots: Vendée, Bordeaux, Vendée. Sa Majesté veut bien me permettre de vous annoncer que s'il était besoin d'une autorisation pour cet objet, elle la donnerait volontiers comme une marque du souvenir qu'elle conserve des actes de dévouement et de fidélité que ces supports et cette devise sont destinés à rappeler. Vous pouvez donc, Madame la Marquise, profiter, dès qu'il vous conviendra, du droit que vous donnent les intentions du roi, dans une circonstance où je me félicite d'en être l'organe auprès de vous.

Agréez, je vous prie, la nouvelle assurance des sentimens respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame la Marquise, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le Directeur général du Ministère, ayant le porte-feuille,