112.—Lundi 21 janvier.
Une lettre recommandée d'Elle:
«Dimanche,
»Bravo! ma bonne Meunière, vous avez parfaitement compris, et votre lettre était très bien écrite. De tout cœur je vous en remercie et je me fais une fête de vous dire que bientôt, sans danger pour lui, nous allons vous arriver... Dieu! comme j'en suis heureuse, et vous allez l'être aussi, n'est-ce pas? Et vous le serez quand nous vous arriverons, j'en suis sûre. Je rêve de ce cher bonheur. Dans huit jours, la vie infernale qu'il mène dans ce moment sera terminée, et cette fois sans crainte. J'ai pu fixer avec lui irrévocablement notre départ au jeudi 31. Nous vous arriverons vendredi matin: cela sera le 1er février. Cela lui fera du bien de passer quatre à cinq jours dans notre chère chambrette. Nous le gâterons, nous le reposerons, nous le soignerons bien, et il reprendra sa bonne mine. Pour le moment, il a une toute petite figure un peu tirée. Mais son séjour auprès de vous le remettra complètement.
»Lundi 28, matin, je vous enverrai une dépêche vous parlant de santé. Vous comprendrez que selon que j'ajouterai: très bonne, bonne ou pas bonne, cela voudra dire que le succès du 27 est très bien, bien... ou qu'il aura échoué. Mais cette dernière hypothèse est impossible, car le succès est sûr.
»Écrivez-lui vite que vous nous attendez sûrement vendredi 1er au matin. Que votre cocher soit à la gare, etc... Comme je voudrais y être!! Encore merci, ma bonne Meunière. Je vous embrasse en attendant le 1er.»
Je ne sais ce que j'ai, mais la nouvelle de leur arrivée pour le 1er février, au lieu de me combler de joie, m'a rendue toute soucieuse. Il me semble que c'est trop tôt... Et puis, avec ces lettres interceptées en novembre et décembre, j'ai peur qu'il ne leur soit plus permis de rester ignorés chez moi. J'ai peur de l'espionnage, des démonstrations possibles sous leurs fenêtres, et surtout du bruit mené dans la presse, dans les feuilles antiboulangistes telles que ce nouveau journal, La Bataille. J'ai peur de la mauvaise impression que cette fugue en galante compagnie, au lendemain de la victoire, pourrait produire à Paris et dans toute la France...
Mais j'espère bien que les événements se chargeront tout seuls de modifier leur projet...
En attendant, je n'ai que le temps de faire remanier de fond en comble leur appartement.