à neuf heures est venu le facteur, avec une liasse de lettres dont plusieurs recommandées. Tout cela était adressé au nom du général. Sans hésiter une seconde, j'ai repoussé le tout de la main et j'ai dit au facteur:

«Mon brave, il y a erreur... C'est sans doute une mauvaise plaisanterie... Il faut renvoyer tout cela chez M. le Général Boulanger, à Paris: tout le monde sait son adresse, c'est rue Dumont-d'Urville.»

D'un moment à l'autre, je m'attendais à l'apparition d'un agent de police qui m'appellerait une fois de plus chez M. le Commissaire. Il n'en a rien été. En revanche, il y a encore plus de détectives qu'hier. L'homme perché dans l'arbre est toujours à son poste. Des gamins le regardent curieusement et font autour de son perchoir une ronde en chantant.

Françoise, sortie aux emplettes, me signale une voiture tout attelée qui, depuis avant-hier soir, n'a cessé de stationner nuit et jour dans le haut de la grande route. Les voisins affirment qu'elle sert d'abri aux policiers en faction, qui viennent s'y reposer à tour de rôle. Autre révélation: dans une villa située en face, à l'autre bord de la vallée, des journalistes auraient loué fort cher une chambrette d'où ils peuvent observer mon hôtel tout à l'aise, grâce à l'absence de feuillage des arbres. Je n'aperçois dans cette direction qu'une fenêtre béante: mais il paraìtrait qu'ils y ont placé une longue-vue, ainsi qu'un appareil photographique... Bien du plaisir, Messieurs!

Dix heures sonnaient, quand un superbe équipage de maìtre s'est arrêté devant la porte de la terrasse. Il en est descendu un monsieur de haute mine, enveloppé d'une grande fourrure noire. Il m'a demandée; j'étais occupée, en ce moment, à mettre le couvert dans leur salle à manger. On l'a fait asseoir dans la salle commune et on l'a prié d'attendre quelques instants, car je ne saurais tarder à rentrer. Je descends, le monsieur se lève, s'incline avec courtoisie et me tend une lettre qui portait cette adresse:

Madame Marie Quinton,

Hôtel des Marronniers.

Il ajoute en chuchotant:

«Je vous prie de déchirer la première enveloppe.»

J'obéis et je trouve au-dessous une seconde enveloppe avec cette autre adresse: