»Merci, ma bonne Meunière, d'avoir fait ce que je vous ai télégraphié. Je vous en expliquerai de vive voix la raison. Lui vient de vous télégraphier et je compte bien que vous ferez ce qu'il vous dit, que vous partirez dimanche et que vous nous arriverez sûrement lundi. Il faudra que vous trouviez un prétexte pour lui expliquer ce retard. Donc vous partirez, n'est-ce pas, dimanche matin de Clermont, comme vous deviez partir jeudi. Une fois à Paris, vous irez gare Montparnasse. Là seulement, partant dimanche soir, il y aura un petit changement: au lieu de prendre le train pour Saint-Malo, vous prendrez celui pour Granville qui part à 9 heures du soir au lieu de 8 heures 45. Vous aurez donc un quart d'heure de plus pour dìner. Le train part en haut également, comme pour Saint-Malo. Donc, vous partez pour Granville dimanche à 9 heures du soir. Vous arriverez à Granville à 6 heures 18 du matin. Le bateau, ce jour-là, ne part qu'à 2 heures un quart de l'après-midi, à cause de la marée. Vous prendrez donc à la gare l'omnibus pour l'Hôtel du Nord. Là, vous pourrez déjeuner, vous reposer jusqu'à midi, déjeuner de nouveau et toujours l'omnibus de l'hôtel vous conduira au bateau. Vous arriverez ici vers 5 heures et vous trouverez quelqu'un au-devant de vous.

»J'ai, en effet, été assez souffrante—mais pas comme on vous l'a dit, et vous me trouverez mieux.

»Donc, à lundi, et, en attendant, nous vous embrassons.»

Non seulement la lettre n'explique rien, mais c'est encore moi qui dois m'ingénier à expliquer mon retard au général. Mme Marguerite m'en abandonne le soin. Merci de la surprise. Que vais-je bien trouver à lui prétexter? Sans doute la santé de ma pauvre mère,—qui n'est malheureusement que trop souvent mal portante depuis quelques années.


CHAPITRE XII

L'Hôtel de la Pomme-d'Or

177

Lundi 17 mars.—Lundi 31 mars 1890.

Exécutant au pied de la lettre les prescriptions de Mme Marguerite, je suis partie le dimanche 16 mars, par l'express du matin. Aussitôt débarquée à la gare de Lyon, je me suis fait conduire à la gare Montparnasse. C'est alors que j'ai commencé à m'apercevoir que j'étais suivie par un individu qui ne m'a plus perdue de vue jusqu'à Jersey. J'en ai été très effrayée d'abord, et cela m'a gâté mon trajet nocturne de Paris à Granville. Puis j'en ai pris mon parti et je me suis mise à observer avec curiosité les allées et venues du garde du corps que M. Constans m'avait fait le très grand honneur de m'adjoindre.