188.—Dimanche 24 août.
Après la défaite, la trahison: c'était fatal. Il s'agissait seulement de savoir qui aurait le triste courage de trahir le premier. Judas vient de sortir du rang. Bien qu'il ait encore un masque sur le visage, il est sûrement un de ceux qui formèrent le Comité du général, qui reçurent ses confidences et qui partagèrent ses secrets.
De tout ce qui se disait et se faisait, il a recueilli jusqu'aux dernières miettes: puis, quand les revers furent arrivés, quand il fut bien sûr qu'il n'aurait plus rien à retirer de l'entreprise, ni rien à craindre du maìtre proscrit, il a porté tout cela au journal qui pourrait le plus cher payer sa honte, et il la lui a vendue.
Le scandale produit par l'apparition de ces «Coulisses du Boulangisme», dans le Figaro, est sans nom.
189.—Mardi 26 août.
Enfin, j'ai pu me procurer le numéro du Figaro, introuvable depuis deux jours, autour duquel tous les journaux mènent un tel tapage à cause des révélations qu'il contient sur Mme X...
Pauvre Mme X...! Il lui a été fait la faveur d'un chapitre entier.
Ah! comme Mme Marguerite a dû cruellement souffrir en lisant ces lignes dont chaque mot est un coup de lancette qu'on lui porte en plein cœur! Quels tourments affreux elle doit éprouver à cette heure même, en songeant que partout, dans l'univers entier, chacun va avoir sous les yeux cet article infâme qui la classe sans façon parmi les maìtresses et les bonnes fortunes du général, qui parle de leur amour si sacré comme d'une liaison publique et affichée, qui lui reproche textuellement de n'avoir pas été le conseiller éclairé et énergique qu'il eût fallu au général, de n'avoir pas été ambitieuse pour lui, d'avoir obéi à des sentiments ordinaires, d'avoir été une amoureuse égoïste, de lui avoir fait tout sacrifier et d'avoir été l'obstacle à sa fortune; qui, bien plus, l'accuse d'avoir préparé et excité le général à la fuite, et qui, prétendant pénétrer dans le secret de son âme, ose insinuer qu'en elle-même cette fuite a dû la réjouir!