Dès le lendemain matin, je me mis à ma besogne de déménageuse, ce qui m'obligea à parcourir la villa plus d'une fois, des caves au grenier. Mais loin de lui découvrir des défauts cachés, je la trouvai plus pimpante encore, vue de près, que lors de notre première visite, il y a un an.

Elle était construite sur un plan parfaitement conçu. Les communs, avec les cuisines, les buanderies, l'office, les logis des domestiques, occupaient tout l'arrière du bâtiment, regardant le jardin, tandis que les chambres d'habitation donnaient toutes sur la façade, avec vue sur la mer. Elles étaient au nombre de quatre à chaque étage. Celles du rez-de-chaussée communiquaient seules entre elles; celles des deux autres étages n'avaient d'issue que sur le long couloir mitoyen qui séparait les deux parties de la maison.

La plus vaste pièce était, au rez-de-chaussée, le bureau du général. La lumière y entrait à flots par une grande véranda vitrée. Beaucoup de bibelots, plusieurs peintures sur chevalets. Dans un coin, sur une console, un saint Georges en bronze, terrassant le Dragon. Au mur, une jolie toile qui représentait Tunis en liberté, dans la prairie, levant sa fine tête de cheval pur sang.

Deux portes, séparées par la cheminée, conduisaient au salon, dont les murs étaient tapissés d'un treillis de bois doré sous-tendu de soie ponceau, et dont le plafond était tout revêtu de glaces plates, sur lesquelles étaient peints des paons, des faisans et des fleurs. Une précieuse pendule ancienne sur l'imposante cheminée, un admirable écran de soie brodé à la main, deux grandes lampes à pied, des fauteuils, des guéridons, dont un muni de papier à lettres ayant pour en-tête une vue de Saint-Brelade.

à côté du salon, la salle à manger contenant de très beaux meubles, et enfin la bibliothèque, encombrée de livres, où se trouvait un grand meuble extrêmement riche, incrusté de nacre.

Le salon et la salle à manger débouchaient tous deux sur la grande véranda centrale, faisant face à la mer. La porte du salon était masquée par un magnifique rideau en soie olivâtre, brodé en zigzags, à petits points, par Mme Marguerite elle-même, à l'époque où une longue maladie l'avait retenue alitée pendant plus de deux ans. Des tables rustiques et des fauteuils d'osier, drapés de cretonne, garnissaient la véranda qui s'ouvrait sous une toiture vitrée soutenue par des colonnes le long desquelles des rosiers grimpaient.

On montait du rez-de-chaussée aux deux étages supérieurs par un bel escalier très clair, orné de vieilles tapisseries à images et d'une exquise lanterne en fer forgé.

La Chambre de Mme Marguerite se trouvait juste au-dessus du bureau du général. Les tentures et les meubles étaient en peluche verdâtre. Sur une table, un objet de forme étrange: un moulin à goudron, placé là pour purifier l'air.

La chambre du général était représentée par une petite pièce attenante à laquelle menait un couloir étroit.

Ce premier étage renfermait encore trois autres chambres: celle qu'avait habitée, l'année dernière, la mère plus qu'octogénaire du général; celle où sa cousine, Mlle Mathilde Griffith, avait résidé pendant tout le séjour de Mme Boulanger mère, qu'elle ne quittait jamais; celle enfin qu'on m'avait donnée.