Elle aussi, comme si elle devinait ce qui se passait en moi, se mit à pleurer, avec de grands hoquets qui étaient presque des râles. Seul, le général s'efforçait de nous calmer. Me relevant de terre, il me dit:
«Allons, ne vous désolez pas ainsi, et ne manquez pas de venir nous voir à Bruxelles!»
Elle répéta:
«Oui, n'oubliez pas... Venez nous voir quand nous serons là-bas!»
Nous nous embrassâmes une dernière fois, nous tenant tous trois enlacés. Le général descendit avec moi. La voiture n'était pas encore là. Pendant qu'on l'attelait devant la remise, nous fìmes quelques pas vers le jardin, jusqu'auprès du mât au drapeau. Le général, se baissant vers une plate-bande, cueillit une pensée et quelques violettes qu'il me remit. Mais déjà on m'appelait. Je courus vers la remise, en criant: «Au revoir!» Lui, debout, à ce moment, au pied du grand mât où flottaient les trois couleurs de France, se découvrit et dit d'une voix forte:
«Adieu!»
J'avais tourné le coin. Je ne le vis plus. Mais, quand la voiture passa devant le perron, je levai les yeux et j'aperçus, pendant quelques instants encore, à la fenêtre de Mme Marguerite, une hâve silhouette de spectre qui me faisait signe de la main...
Le voyage de retour s'est accompli sans incidents.
Triste voyage, pendant lequel les idées de mort ne me quittèrent pas un seul instant. Le train filait à travers des campagnes ensoleillées, où s'épanouissait le printemps. Mais ma pensée était auprès de la pauvre mourante et, quand mes yeux s'arrêtaient par hasard sur toute cette fraìche verdure nouvelle, je me disais: «Feuilles qui venez de pousser, avant que vous ne tombiez, elle sera morte!» Et, alors, mon âme épouvantée tâchait de pénétrer l'avenir...