Celui-là doit être plus intime avec le général, car j'ai été chargée de le faire monter chez eux.

Il est resté à dìner. Le général a beaucoup causé avec lui et, comme il parlait à voix bien plus haute que quand il est en tête à tête avec son adorée, j'ai pu saisir une partie de la conversation. Elle portait sur la façon dont il avait quitté, lundi soir, le quartier général. Il semble que cela n'a pas marché tout seul. Une grande échelle avait été posée contre une fenêtre donnant sur le jardin; on s'en était servi pour assujettir les gonds de la persienne et on l'avait laissée là comme par mégarde. Le général était descendu par cette échelle dans le jardin, aussitôt la nuit tombée, et s'était tenu près d'une heure caché dans une charmille. Puis il avait sauté dehors par une brèche du mur de clôture. Il avait marché seul, dans la nuit, pendant deux kilomètres, jusqu'au chemin de la Poudrière, le plus désert des faubourgs de Clermont. Là, il avait trouvé une voiture dans laquelle l'attendait son officier d'ordonnance avec sa valise, sortie du quartier général déjà plusieurs jours auparavant et cachée jusqu'à ce moment chez l'officier en question qui était, je le suppose, le capitaine que je vois arriver tous les jours.

La voiture les avait conduits par l'ancienne route de Royat, jusqu'au parc de l'établissement thermal, en cette saison noir et désert. Le reste du chemin, ils l'avaient fait à pied, à travers les petits sentiers qui longent le fond de la vallée et aboutissent à ma maison en passant par mon moulin, maintenant hors d'activité.

C'est surtout Elle qui s'informait avec intérêt de toutes les menues circonstances de cette aventure, dont elle paraissait entendre pour la première fois le récit détaillé.

Puis, ils en sont venus à parler de ce qui se passait maintenant au quartier général. Personne ne se doutait que la cage était vide. Personne n'était admis auprès du général, à l'exception de ses deux officiers d'ordonnance, en sorte que le secret était bien gardé...

J'aurais bien voulu entendre la suite de la conversation, d'autant plus qu'en rentrant, après être allée chercher le café et les liqueurs, j'ai compris à leurs regards qu'ils venaient de parler de moi... Mais, dès lors, ils se sont mis à causer à voix basse et je n'ai plus rien saisi.

Le monsieur n'a pris congé d'eux qu'à onze heures passées.


22.—Vendredi 28 octobre.

Le capitaine m'a glissé plusieurs lettres ce matin. à la lecture de l'une d'elles, Elle est devenue toute soucieuse. Ils se sont mis à causer à voix basse. J'ai compris qu'Elle devait être rendue à Paris pour dimanche et qu'il leur fallait, par conséquent, se quitter demain.