Ils me l'ont annoncé, d'ailleurs, à déjeuner. Ils l'ont fait en paroles si douces, si affectueuses, que j'ai eu bien de la peine à retenir mes larmes.
L'angoisse de ce départ a pesé sur eux toute la journée. Ils se faisaient toujours signe de n'en pas parler, mais leur pensée y revenait obstinément. Par moments, Elle faisait l'insouciante, la rieuse, et il essayait de lui donner la réplique.
Ils n'en étaient dupes ni l'un ni l'autre. à l'instant même où ils cherchaient à faire les fous, leurs visages redevenaient subitement graves, tandis qu'une tristesse passait dans leurs yeux.
Le soir, j'ai remis cinq lettres au capitaine, dont quatre de sa fine écriture à Elle. Le capitaine a fait une drôle de grimace, en disant entre ses dents: «Encore une nuit de chemin de fer, aller et retour!» Il s'est fait servir un verre de liqueur, car il était tout transi du mauvais temps qu'il fait dehors, et il est parti, pas plus enchanté que cela.
Comme ils ne me sonnaient pas pour dìner, j'ai eu l'idée d'aller leur demander s'ils ne préféraient pas que je leur apporte de quoi manger. Je les ai trouvés silencieux et rêvant dans l'ombre, à leur place favorite, près de la cheminée, sans autre lumière que la flamme mourante qui éclairait faiblement leurs deux visages.
Ils ont accepté mon offre avec empressement.
Je leur ai apporté le plateau, j'ai allumé deux bougies: ils m'ont fait signe que c'était assez... J'ai jeté des bûches dans l'âtre et je me suis retirée doucement sans leur dire bonsoir, pour ne pas les troubler dans leur rêverie.
23.—Samedi 23 octobre.
Ils sont partis ce soir!