«Général, ajoutai-je d'un ton ironique, il paraìt qu'il faut beaucoup vous supplier pour avoir l'insigne honneur de vous compter parmi ses convives?»
«C'est un défaut de plus que vous me prêtez, Madame...»
«Je vous le donne, général, car il est bien à vous.»
»Mais je refuse. Je ne m'en reconnais pas le propriétaire et, si vous vouliez en avoir la preuve, il suffirait que vous me fassiez le très grand honneur de me convier un jour chez vous...»
«Chez moi, général! Avec plaisir et quand il vous plaira! Fixez vous-même le jour.»
«Le plus tôt possible, alors... Demain, si vous le permettez, Madame.»
«Eh bien! général, à demain!»
»Et c'est ainsi qu'il m'a fallu, le lendemain, recevoir le général Boulanger chez moi... Dès cette seconde entrevue, naissait, de lui à moi, une vive amitié,—en attendant mieux...
»Je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai bien ri, depuis, de tous les griefs qui me faisaient le détester... Je ne lui en ai plus voulu, bien au contraire, de m'avoir tant remarquée un jour au Bois... Je n'ai plus éprouvé de la haine pour sa popularité, mais je me suis sentie délicieusement bercée par le bruit flatteur qui s'élevait autour de lui... Je me suis mis à adorer sa barbe blonde... Je lui ai pardonné jusqu'à ses convictions politiques, qui, d'ailleurs, gagnaient à être mieux connues... Quant à son nom, j'ai compris qu'un nom valait par l'usage qu'un homme sait en faire. Le nom professionnel de Boulanger n'est pas plus ridicule que le nom animal de Corneille ou le nom végétal de Racine. Et ce nom qu'il a reçu de son père, mon Georges l'a si noblement porté, que je serai la plus heureuse des femmes, croyez-le bien, le jour où je pourrai le prendre, moi aussi...»
Mme Marguerite s'est tue à ces mots, comme quelqu'un qui caresse un rêve. Puis, elle a repris: