«De ce premier dìner avec Georges date donc l'origine de notre bonheur... Mais cette soirée-là ne devait pas m'apporter seulement du bonheur... Je vous ai dit qu'il n'y avait avec moi que trois convives: deux d'entre eux ont gardé le souvenir impérissable de ce jour, l'un pour me chérir, l'autre pour me...»
Elle n'a pas achevé sa pensée, mais une profonde tristesse s'est montrée sur son visage. Elle s'est levée, a plié son ouvrage et m'a dit:
«Maintenant, assez causé, ma bonne Meunière. Apportez-moi la toilette héliotrope, afin que je me fasse belle pour mon Georges adoré.»
Elle est vraiment magnifique, cette toilette en velours héliotrope, avec, de chaque côté de la jupe, un panneau brodé d'or. Mme Marguerite m'a fait former en guirlande les fleurs venues aujourd'hui de Nice, et elle a fixé cette guirlande au corsage à l'aide d'une flèche garnie de diamants. Dans les cheveux, elle a disposé, un peu en arrière, quelques œillets qui semblaient croìtre parmi cette chevelure blonde; au milieu des fleurs, une couronne à cinq fleurons en diamants. Enfin, elle a enroulé autour du bras gauche un serpent d'or qui en faisait cinq ou six fois le tour et qui brillait d'un éclat tout à fait extraordinaire.
Elle était féerique à voir ainsi.
Le général, quand il l'a aperçue en ouvrant la porte, s'est jeté à genoux, les mains jointes, sans une parole. Rien ne pouvait mieux que ce geste exprimer l'immense adoration qu'il a pour Elle.
J'ai couru m'occuper du dìner... Ils ont dìné tard. Le général la dévorait du regard et ne cessait de s'exclamer sur l'éblouissante beauté de sa toilette...
«Vous me complimentez toujours sur ma toilette, a-t-elle fini par dire en riant, je voudrais bien que vous m'offriez ici l'occasion de vous rendre la pareille en vous complimentant sur votre grand uniforme...»
«Ma chère amie, s'est-il écrié, pourquoi n'étiez-vous pas là, le jour de mon entrée à Clermont!»
Ces mots m'ont évoqué un souvenir.