Fanny apparaissait au détour du chemin. Berthe fit un signe de tête et, sans rien de plus, elle quitta le vagabond pour aller vers sa sœur.

L’obscurité montait. Les talus, les haies, les arbres se couvraient de cette cendre grise qui les décolore peu à peu. Fanny, surprise, cria:

—Tu reviens déjà?

Et, dans l’indécise clarté, elle vit sur la figure de sa sœur, qu’elle déchiffrait si vite, quelque chose de redoutable.

Elles reprirent le chemin du retour. Dans la douceur infinie du crépuscule sur lequel pleuvait la chanson de l’oiseau amoureux, elles avançaient pesamment, chargées de colère, de haine et de chagrin. Et elles ne parlèrent pas jusqu’à la maison.

Quand elles furent à la porte de leurs chambres, Berthe dit:

—Entre, j’ai à te parler.

Fanny obéit comme elle obéissait toujours. Elle pensa: «Elle se doute de quelque chose entre Silas et moi. Il va falloir dire tout. Et pour rien, peut-être...»

Elle s’assit. Berthe resta debout, avec des yeux si chargés d’orage, une figure si sombre que Fanny commença de sentir ce tremblement au creux de l’estomac, cette moiteur froide des mains, qui la paralysaient devant une scène imminente. Et la grosse fille blonde, si formidable dans le clair-obscur de la chambre, commença brutalement:

—Fanny. Vallée est mort.