Elles entrèrent dans un de ces singuliers sentiers d’eau qui rejoignent la rivière entre deux haies ivres d’humus.

Fanny se remettait. Sur ses joues décolorées, deux larmes séchaient dans leur petit sillon salé. Quand les sœurs arrivèrent au pont de planches disjointes, Fanny dit:

—Asseyons-nous un moment.

De mauvaise grâce, Berthe céda. Elles s’assirent sur le talus herbeux que parfumait l’odeur poivrée du géranium sauvage. La rivière roulait à leurs pieds ses eaux grasses, lourdes de déchets, épaisses d’immondices, colorées par les teintures, ignobles et chaudes. Une nuée en montait vers les branches délicates des vieux ormes et des saules au tronc déchiqueté. D’énormes rats sortaient furtivement entre les racines à fleur d’eau.

Berthe dit tout haut ce qu’elles étaient toutes deux en train de penser:

—Comment se jeter là-dedans!

Et, comme si elle avait attendu qu’elle commençât, Fanny demanda:

—Il t’a dit: «Le bonjour» et c’est tout?

Berthe se tourna tout d’une pièce.

—Te revoilà partie! Mais, ma pauvre fille, il ne faut plus y penser. Tout vient de se finir, là-bas.