Quand elles furent seules, et que le pas du vieillard eut décru jusqu’à s’éteindre sur la route de Villebonne, sèche et sonore sous la lune, les deux sœurs se regardèrent.
—Quelle heure est-il? demanda Fanny.
Et Berthe répondit, comme si elle attendait la question:
—Dix heures et demie.
Alors Fanny reprit:
—Nous allons la veiller chacune à notre tour. Veux-tu aller te reposer d’abord?
—Non, dit vivement Berthe. On restera ensemble, c’est mieux.
Fanny fit un geste vague qui acquiesçait.
Quand elles revinrent, elles avaient changé leurs robes contre des peignoirs et chacune s’était fait deux grosses tresses qui tombaient, brunes et soyeuses, de chaque côté de la figure pâle de Fanny, blondes et rudes, sur les épaules de Berthe. Elles ressemblaient ainsi à deux grandes pensionnaires dans leur première robe longue, car les vingt-neuf ans sonnés de Fanny gardaient, plus que les vingt-cinq de sa sœur, un air d’innocence et d’ignorance.
Elles s’assirent, l’une au pied, l’autre à la tête du lit. Sur la commode, une bougie brûlait avec un halo rouge. Fanny avait joint les mains et semblait prier. Berthe la regardait fixement. Et le visage de la morte était coupé de grandes ombres, qui bougeaient un peu lorsque la flamme vacillait.