Il s’interrompit pour écouter quelque bruit qui venait du corridor noir. Et il dit d’une voix changée, moins âpre:

—Votre père était un bon homme. Mais il ne savait pas gagner de l’argent. Il avait des idées à lui là-dessus, crainte de nuire au monde, ou n’importe. Des bêtises! On ne va pas loin avec ça. Et ma sœur, qui le menait dans tout, elle a pas pu l’ mener là-dessus. Ah! mais non!

Il regarda Fanny tout à coup:

—Tu lui ressembles à ton père, toi, Fanny, d’un sens... Et, si ton père avait «vit», il y a des choses qui seraient pas arrivées. Pas que ça soit plus mal comme ça, non, peut-être; on ne sait pas, on ne peut pas dire.

Il rêva un moment, comme s’il résumait des pensées profondes. En face de lui, elles ne bougeaient pas: Fanny pâle et inerte, Berthe comme tendue par une idée fixe, qui la faisait froncer les sourcils d’attention. Enfin, le vieillard se leva:

—Faut que j’m’en retourne. Il est tard.

Fanny dit doucement:

—Voulez-vous la voir?

—Ça peut pas se refuser.

Ils montèrent tous trois l’escalier. A la porte, ils pausèrent un instant, pour rassembler ce courage qui se détourne devant le visage de la mort. Et ils entrèrent.