Fanny courait derrière, lassée, une migraine serrant ses yeux meurtris.

Quand elles rencontraient une fenêtre, elles regardaient dehors avec envie, mais sans oser avouer qu’elles auraient mieux aimé marcher sur le quai accueillant, plein de soleil et d’ombre papillotant au vent qui agitait les peupliers de la berge. Quand elles sortirent, elles étaient presque malades de leur marche de sept heures à travers les bâtiments. Elles tombèrent sur un banc du quai.

—C’est tout de même beau, dit Berthe avec conviction. Et toutes ces peintures, tous ces cadres! Et pour rien!

Fanny acquiesça faiblement. Cela glissait sur elle avec le reste. Elle ne sentait qu’une immense lassitude et le besoin, enfin, de se trouver chez elle, avec son souci et son malheur bien présents, sertis dans sa vie ordinaire et non pas transportés dans ce monde hostile et bouleversé. Et ce fut ce jour-là qu’elle osa dire enfin:

—Rentrons chez nous, veux-tu? Je ne me plais pas ici.

Berthe la querella longuement là-dessus. Il n’y avait que dix jours qu’elles étaient à Paris. La somme fixée ne se trouvait point dépensée. On avait dit quinze jours, pourquoi abréger? Fanny laissa passer le flot, tête courbée. Et elle dit enfin, doucement:

—Ça ferait une économie. On a déjà bien vu tout.

Berthe sembla considérer l’argument. Son avarice devait lutter avec sa curiosité. Elle prononça enfin:

—T’en as donc assez?

—Oui, avoua Fanny, j’ voudrais être chez nous.