—Bon, bon, dit-elle. Repose-toi, ma fille, y en a qui ne se reposeront pas, va!
Sur ce trait, elle se retira, déjà remise du voyage et toute rafraîchie, elle, par la perspective du combat.
Quand Fanny se fut assurée en tremblant, le lendemain matin, qu’aucun soldat ne se montrait sur la route, elle gagna le jardin où Berthe attendait le déjeuner en considérant les pois en train de «perdre». Elle ne savait plus, vraiment, où elle en était, car ce curieux instinct nouveau qui venait de lui être révélé ne la soutenait que lorsque ses yeux de chair pouvaient se poser sur son fils. Hors de sa vue, elle n’était réellement qu’une créature tremblante, agitée, soumise aux autres.
Berthe vint au-devant d’elle. Il y avait sur sa figure une espèce de résolution qui effraya Fanny en même temps qu’elle la rassurait. Et elle attendit qu’elle parlât. Ce fut aussitôt.
—Fanny, pendant que tu dormais, j’ai parlé avec le père Oursel. Le soldat est venu tous les jours.
Elle s’arrêta, le temps de jouir de son effet sur la malheureuse, et reprit:
—Tous les jours! Tu vois ce qu’on suppose, ce qu’on dit. Encore, ce n’est rien, parce que nous n’y étions pas. Mais, maintenant, qu’est-ce qui va arriver?
Devant elle, Fanny restait pétrifiée, sans voix. Berthe reprit encore:
—Tu ne sais pas? Tu n’as pas une idée? Pourtant, c’est à cause de toi que tout ça est arrivé. Mais j’ai déjà vu ce qu’il fallait faire.
Comme elle se taisait, Fanny retrouva la voix. Elle hasarda: