—Entrer chez nous!
—Eh bien, puisqu’il devait venir. Puisque vous...
Elle ne se décida pas à prononcer un mot qui parût consacrer ou même accepter la chose, et, se levant brusquement, elle s’en alla.
Cachée dernière les rideaux de sa fenêtre, Fanny vit la scène redoutée: la grand’porte de l’école s’ouvrant, le flot agité des enfants s’envolant et la haute taille de Silas planté au milieu d’eux.
Et puis Berthe, près de la barrière entr’ouverte, semblable à une araignée dans sa toile, Berthe attendant le passage du grand homme et avançant d’un pas.
Oh! ce pas! Fanny en brûla de honte, tandis qu’elle rougissait lentement jusqu’aux yeux. Et puis ce fut rapide. Quelques mots et Silas entrait, refermait la barrière, suivait Berthe dans l’allée, et Fanny entendait résonner son pas ferme sur les marches, dans le corridor.
Alors elle essaya de se composer: «Il faut que je descende, allons, songea-t-elle. Il le faut. Il faut que ce soit moi qui lui dise.»
Ce fut un combat dur et court. Elle luttait encore que, déjà, elle descendait l’escalier sans presque s’en rendre compte.
A la porte du salon, elle s’arrêta, surprise. Berthe avait fait entrer sa visite dans la pièce de cérémonie. Cela lui fut encore une occasion d’hésiter. Enfin, elle se vainquit, et, pâle, tremblante, le cœur battant jusque dans la gorge, elle entra.
Tout de suite, elle comprit qu’ils n’en étaient qu’aux préliminaires de l’explication. Silas, debout, sans chapeau à la main, ce qui lui donnait quelque chose d’étrangement familier, se tenait en face de Berthe, la tête inclinée, avec un air de surprise dissimulée. Autour d’eux, la pièce inhabitée, froide, luisait d’un éclat gelé par le vernis des meubles, l’or des cadres, de la garniture de cheminée, les glaces et les vitres. «Il n’y a pas un grain de poussière!» songea Fanny avec satisfaction, malgré elle. Et, aussitôt, elle plongea dans ses tourments.