Berthe disait:

—Ah! la voilà!

Il y eut le petit choc ordinaire et l’embarras des rencontres. Fanny sentait les yeux de Silas la brûler à travers ses paupières baissées à elle, lui demander: «Pourquoi êtes-vous partie? Où êtes-vous allée? Comment ne m’avez-vous rien dit?» Et le joug écrasant de l’amour, qu’elle ne sentait plus, retomba sur elle.

Comme en rêve, elle vit qu’ils étaient tous assis. Elle entendit sa sœur qui, seule à rompre l’insupportable silence, disait des paroles quelconques pour masquer leurs pensées. Elle entendit: «Paris, oui, Paris. Un petit voyage.» Et, enfin, les mots importants arrivèrent. La voix profonde de Silas répondit:

—Vous avez besoin de moi. Tant mieux. Je ne désire rien tant que de vous être utile.

Berthe recueillit le compliment, le goûta et le digéra. Puis elle dit:

—Voilà. Notre oncle est parti. Nous n’avons que des vieux amis, ici, et il nous faut l’avis d’un homme.

Elle prit un temps.

—C’est à cause de quelque chose que vous avez entendu dire, peut-être?

M. Froment la regardait, sans comprendre.