—Alors, il nous persécute. Il veut se faire nourrir ici, ou je ne sais quoi, il est là, tout le temps. Avant notre départ, nous l’avions eu ici à dîner une fois. A notre retour, il était à la gare, et puis, nous l’avons trouvé à notre porte. Tenez, si vous regardez par la fenêtre, vous le verrez peut-être.

Tous, ils se tournèrent vers la vitre brillante sous le rideau blanc. Et, comme elle l’avait dit, ils virent, contre le mur, le petit gars trapu, rouge et bleu, qui les regardait.

D’un commun accord, ils reculèrent comme si ces regards eussent été des projectiles auxquels on ne pouvait s’exposer sans danger. Cette fois, ils l’avaient tous senti, ce n’était plus des mots mais une présence qui les menaçait. Et, un peu pâle, l’instituteur demanda:

—Et ce garçon vous persécute, mais pourquoi?

Il y eut un silence pesant qui parut devoir durer éternellement. Enfin, Fanny leva la tête, osa regarder son fiancé. Alors, elle vit dans ses yeux ce qu’il craignait, et une étrange goutte de bonheur tomba dans sa coupe d’amertume.

Ce fut lui qui parla le premier, d’une voix si altérée qu’elle le reconnut à peine.

—Fanny, je vois que vous avez appris notre décision à votre sœur?

Ainsi, son ami la réclamait, avant de savoir. Dans cet inconnu dont frémit l’ordinaire égoïsme masculin, il lui tendait la main! Elle l’adora dans son cœur douloureux, tandis qu’incapable de parler elle inclinait la tête.

—Alors, je peux dire que je suis là pour vous servir, pour vous protéger au besoin?

Sa voix, redevenue sonore, montrait qu’il la voyait toujours à lui. Entre eux, une onde d’entente passa, qui fut interceptée par Berthe.