Elle se dressa, tout à coup, ivre de cette jalousie cachée qui explosait enfin, et elle cria:
—Mais ça ne se peut pas! Vous ne savez rien! Demandez-lui donc de vous dire ce qu’il y a entre vous deux. Demandez-lui!
Muette d’horreur, Fanny se détourna et cacha sa tête dans ses mains. Elle ne pouvait pas étrangler de ses mains cet amour naissant, et elle dit d’une pauvre voix de honte:
—Toi, dis-lui, je ne peux pas.
Berthe se calmait. Elle tenait la parole et la réparation qu’elle voulait.
—Si tu veux. Vous allez comprendre, monsieur Froment. Notre mère, quand elle est morte...
Elle parla longtemps, assise, importante, écoutant ses paroles, et tout à l’effet qu’elle faisait sur le bel homme terrassé en face d’elle. Quand, enfin, ayant tout dit, elle se retourna, Fanny avait disparu.
Elle ne descendit que bien après le départ du visiteur, les yeux rougis, froide d’appréhension. La porte, en se fermant, lui avait battu sur le cœur. Silas s’en allait pour ne jamais revenir. Il partait la méprisant, déçu d’elle, irrité, plein de ce courroux des hommes trompés, car elle l’avait trompé.
Timidement, elle jeta un regard dans le salon vide. Un peu de présence y restait encore: une légère odeur humaine se mêlait à son ordinaire senteur de renfermé; deux chaises et un fauteuil sortis de leur immuable alignement témoignaient encore de la scène jouée; les ronds de sparterie, ordinairement placés devant chaque siège, se bousculaient les uns les autres. La vie enfin avait pénétré dans la pièce morte et y persistait encore. Fanny comprit un peu de tout cela, et referma doucement la porte.
Elle trouva sa sœur à table, solidement installée devant son assiette.