—Te voilà! cria-t-elle. Je croyais que tu n’allais pas «dîner» aujourd’hui. Si ça a du bon sens, tout ça! Assieds-toi, tiens!

Fanny s’assit, les yeux pleins de questions, mais sans oser se fier à sa voix. Et elle commença son misérable repas.

Toute la gaîté du monde riait sous la fenêtre ouverte. Une odeur de boudin grillé venait de la rue. Des enfants débridés de l’école criaient. On sentait le jardin pâmé de joie sous le soleil. La table, nappée de frais, était chargée d’un plat savoureux de poule au riz, que l’étrange cuisinière accommodait au mieux. Berthe remplit l’assiette de sa sœur.

—Mange, j’ai faim.

Le symbole même de leur vie fraternelle parut exprimé. Et le joug était si bien incrusté dans les faibles épaules, l’obéissance accourait tellement au-devant de l’ordre, et puis, après tout, un tel parfum montait du plat pour séduire la bête vorace de l’appétit, que Fanny mangea.

Elles ne parlèrent de rien à table, mais, dès qu’elles furent au jardin dans l’allée ombragée de noisetiers qui bordait le potager, Fanny demanda d’une voix tremblante:

—Qu’est-ce qu’il a dit?

Depuis le départ de Silas, la question était entre elles; et ce ne fut qu’une simple formalité pour l’une de le dire, pour l’autre de l’entendre. Pourtant, la réponse toute prête ne tomba pas aussitôt. Berthe hésita un moment avant de parler.

—Il n’a rien dit...

—Rien?