Elle tremblait comme une fiévreuse. «Qu’est-ce qu’il va dire? Pauvre malheureux, tout de même! Si je pouvais faire quelque chose pour lui?»

Et toute sa volonté disait au dos qui tachait le pré lumineux:

«Pas si fort! Il me ressemble peut-être, au fond, et ça fait si mal, la brutalité!»

Par moments, elle était secouée de la terreur de le voir se dresser en colère contre sa sœur et lever la main, peut-être, ou tirer son coupe-choux.

Et soudain elle revit le visage de Berthe, qui reprenait le chemin marqué de sombre sur la cour miroitante. Elle revenait vers la maison, et, à grandes enjambées paisibles d’homme de la terre, le gars la suivait. Affolée, elle se dit: «Le voilà! le voilà! Je vais le voir!» sans démêler si elle se désespérait ou si elle se réjouissait. Elle fit sa toilette avec des gestes d’automate. Pourtant, au dernier moment, sa pâleur la frappa, dans le miroir à col de cygne du lavabo d’acajou.

«Il va me trouver vilaine!» songea-t-elle.

Et, pour la première fois de sa vie, elle fit un geste de coquette pour se frotter les joues d’une serviette rêche.

Le gars était dans la cuisine, où la mère Laurent, la fermière qui aidait les sœurs quand elles venaient seules, allumait la cuisinière et tournait le moulin à café. Berthe devait finir sa toilette dans sa chambre. Il fallait donc, seule, prendre une attitude, choisir, agir. Elle baissa les yeux. Avant tout, il fallait empêcher son amour maternel captif et torturé de se montrer par là.

—Bonjour, dit-elle doucement.

—Bonjour, dit le gars.