Quand elle ouvrit les yeux après le demi-évanouissement où elle venait de sombrer, elle vit Berthe, debout devant elle, droite, grande, sévère et comme pleine de résolution.
—Ah! c’est passé? fit-elle. Je peux m’en aller, à cette heure?
—Où? questionna Fanny.
—Lui parler, à la fin des fins, à ce gars-là, et tu vas voir si je vais me faire écouter!... Tu trembles tout le temps, toi; il le voit bien. Mais attends qu’il trouve quelqu’un en face de lui et tu verras!
Déjà elle semblait en route pour la bataille. Fanny, des deux mains, l’arrêta.
—Ne fais pas ça! Lui parle pas mal! Te fâche pas! Qu’est-ce qu’on fera s’il crie des choses?...
Violemment, Berthe s’arracha.
—Qu’est-ce que ça me fait! Et sa persécution, crois-tu que ça ne nous compromet pas?
Elle était dans l’escalier. Fanny la perdit de vue. Les verrous glissèrent, la clef grinça; puis, dans l’herbe noyée de rosée, elle l’aperçut qui passait, laissant un sillage plus foncé derrière elle. Chaussée de sabots, elle levait haut les pieds, marchant redoutablement vers le petit soldat immobile.
Fanny vit l’abordage. Haute et vaste, plus grande que le garçon, Berthe le lui cachait. Le dos véhément de sa sœur, vêtu d’une camisole bleu foncé à pois, faisait une grande tache dans le pré, où le soleil commençait de glisser obliquement mille rayons que renvoyaient dix mille gouttes de rosée. Et cette chose un peu grotesque, un dos de grosse femme en déshabillé, qui bougeait dans la lumière du matin, lui paraissait décider de son avenir.