—Non, Berthe, ce ne serait pas bien. Maman serait fâchée.
—Au contraire. Si c’est quelque chose d’important, nous devons le savoir. Car, enfin, elle n’avait peut-être plus toute sa tête quand elle t’en a parlé. Sans ça, elle ne t’aurait pas demandé de la détruire.
Elle avançait des yeux éclairés en dedans par sa passion contre ceux de sa sœur, comme pour forcer physiquement son consentement. Et elle ajouta:
—Il faut même que nous le sachions. C’est notre devoir.
Fanny eut un gémissement de défaite devant ce mot qu’elle ne savait comment conjurer. Un mot dont elle avait tant souffert déjà quand sa mère le dressait devant elle comme un obstacle infranchissable. Et elle se couvrit la figure de ses mains pour ne pas voir Berthe qui soulevait le drap mortuaire.
Quand elle les écarta, sa sœur tenait la lettre. Alors, elle gémit:
—Oh! Berthe, qu’est-ce que tu as fait? Dès que maman a été morte, tu lui as désobéi!
L’autre avait pâli sous le rose cru qui fardait naturellement ses joues pleines. Mais ses yeux triomphaient. Et elle parla si fermement que Fanny sentit vaciller sa conviction intérieure.
—Non, dit-elle, il fallait le faire. Tu verras que j’avais raison.
Sa respiration était un peu courte. Elle sourit pourtant et ajouta: