—Nous la lui redonnerons, va!

Trop de choses se pressaient dans la tête de Fanny pour qu’elle pût réfuter cette parole-ci qui lui paraissait monstrueuse comme l’acte et le geste qu’elle venait de voir. Il lui semblait que tout cela était un rêve affreux commençant avec la mort de sa mère, et elle ne s’étonna même plus quand elle vit sa sœur tirer de l’enveloppe la lettre vouée au tombeau par la voix de la mourante, en disant avec un frisson:

—Oh! qu’elle est froide!

Et puis, elle s’approcha de la bougie. Fanny la suivait des yeux, hallucinée. Etait-ce vrai? était-ce arrivé? Oh! tout ceci aurait un châtiment: le Ciel le voulait! Elle se leva à moitié de sa chaise. Alors, Berthe se retourna.

—Comme ça, tu ne sais pas du tout ce que c’est? Du tout?

Fanny fit non, toujours comme en rêve, et elle étendit la main pour une défense suprême du secret de la morte. Berthe détourna les yeux. Le moment passa qui aurait pu changer le destin: la lettre dépliée livrait déjà un peu du mystère qui ne pouvait plus, à présent, rester caché.

Berthe lut.

—«Tours». Ça vient de Tours. Comme c’est drôle! On ne connaissait personne à Tours. Enfin, voyons.

Et elle commença:

«Madame,