—On va se mettre au ménage, ma sœur et moi. Allez vous promener, mon garçon. Il y a de quoi voir dans la campagne «du moment».

—Et dans la propriété, ajouta le gars presque spontanément.

Après quoi, il serra les lèvres comme pour les empêcher de lâcher d’autres paroles trop pleines de signification.

Berthe fit la moue.

—Oh! la propriété!

Elle n’ajouta rien. Entre eux venait de tomber le mot décisif: la propriété, l’argent, le bien, l’appât qui, de si loin, attirait ici le gueux renié, comme une charogne attire les bêtes puantes.

De la journée, il ne rentra à la maison. Après avoir rejoint le père Laurent aux champs, où il coupait du seigle, il dut fraterniser avec lui et le journalier qu’il employait, car les sœurs le virent de loin qui faisait «mézienne», endormi sous une haie. Le soir, il rentra avec les hommes, les outils sur l’épaule, de la marche lente et lourde des fins de journée.

Elles étaient devant la porte, à regarder le soleil s’enfoncer dans l’estuaire lointain, jouissant comme jouissent les gens de la terre de cette beauté dans laquelle ils baignent sans vouloir l’exprimer.

Le gars arriva par le sentier de l’est. Tournées vers le couchant, elles ne le voyaient pas, et il resta là, à deux pas d’elles, immobile, attentif et muet.

Ce fut Fanny qui l’aperçut la première. Elle sursauta et faillit crier, comme s’il l’avait surprise dévêtue. Berthe le regarda tranquillement.