Il y eut un de ces silences où l’on sent s’amasser les paroles importantes, comme la pause dans l’orage annonce la décharge de la foudre... Et elle ajouta:
—Et on ne vous reverra peut-être jamais.
Fanny songea passionnément:
«S’il avait du cœur, il se lèverait et s’en irait. Oh! comme je l’aimerais s’il faisait ça!»
Et elle entendit encore la voix de Berthe qui ajoutait ces mots indifférents dans lesquels il faut toujours noyer les autres comme la pluie noie le tonnerre et l’éclair:
—On peut bien faire ça: un pantalon et une chemise, c’est pas une affaire... En mémoire de not’ pauv’ Marthe.
Le cœur en suspens, Fanny regarda son fils. Il riait d’un rire silencieux, et sa figure épanouie lui parut l’image même de la bassesse.
X
Silas Froment montait la côte de la Hêtraye. Le train quitté à la gare de Villebonne, il avait traversé la petite ville braisillante dans sa chaude vallée, suivi l’interminable route encaissée où les «fabriques» n’arrivent pas à enlaidir la verdure souveraine, et qui s’élève enfin par larges lacets enserrant la coupe de l’un de ces petits monts de l’estuaire, cariatides formidables du plateau de Caux.
Il marchait du long pas cadencé des infatigables, sans s’arrêter et sans se presser, avec un air de grande réflexion. Quand il émergea au sommet, midi éclatait à tous les clochers; et celui de la Hêtraye, plus proche, cognait ses volées à tous les peupliers de la route.