A la barrière, les deux sœurs le regardaient venir. Berthe lui tendit franchement la main. Fanny, livide, attendait. Quand il eût répondu à Berthe, il se pencha et, sans un mot, prit la main froide de l’aînée, et la serra avec douceur et tendresse.

Ils pénétrèrent dans le petit bosquet d’ormes taillés qui formait un croissant derrière la maison. Et Berthe, pressée de parler, commença:

—Nous nous sommes permis de vous écrire de venir, monsieur Froment. Excusez la démarche. Vous allez mal nous juger. Pardonnez-nous. Qu’est-ce que vous allez penser de nous?...

Silas coupa ses pléonasmes d’un geste courtois.

—Je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas de plus grand désir que de vous être utile. Ce ne sont pas des mots: c’est l’expression d’une réalité bien vive, croyez-le.

Comme toujours, même dans les moments les plus graves, il s’écoutait un peu parler par habitude professionnelle, par goût aussi.

Berthe reprit avec difficulté, car l’expression de la reconnaissance est une tâche ardue pour la hauteur normande:

—Bien de la bonté de votre part. Mais nous sommes des femmes seules et c’est une position...

Il y eut un silence, et l’instituteur dit plus vite, comme pour en finir:

—Alors, où en êtes-vous? Je ne sais plus rien depuis votre départ.