Ce fut comme si cette simple question enlevait enfin la bonde des paroles.
—Ah! monsieur Froment, dit Berthe, nous en sommes à la raison. Il est là depuis huit jours et il part ce soir, mais je vous jure que j’en ai assez. Moi, toujours! termina-t-elle en regardant Fanny avec rancune.
—Oui, oui, dit M. Froment. Quelle attitude a-t-il?
Berthe leva des bras tragiques:
—Quelle attitude? Quelle attitude?
Elle réfléchit un peu.
—Peut-être pas d’attitude du tout, mais des façons de tout regarder, de tout soupeser, des façons d’espion ou de maître: on ne sait pas.
—Mais comment?
—Tenez, hier au soir, il a demandé quand finit le bail du père Laurent, comme si, vraiment, ça le regardait... Enfin, c’est trop fort!
Elle se démenait sur le banc comme une chatte qui se fouette les flancs pour amener sa colère au diapason voulu. Et Fanny se faisait toute petite entre sa furie et l’attention brûlante de Silas, qu’elle sentait attachée à elle. Et elle n’arrivait pas à comprendre le ressort caché de ce grand jeu. Elle n’aurait pas voulu que Silas vint la voir dans son tourment, et l’idée de le mêler à leur embarras lui était intolérable. Elle écouta la voix grave qui la prenait aux entrailles, si fort, parfois.