—Voyons, sait-il?... Sait-il laquelle?

Et Berthe répondit très vite comme si elle attendait la question depuis le commencement:

—C’est incroyable, mais il n’a pas l’air de savoir que c’est Fanny...

La phrase resta inachevée, car certains mots ne pouvaient être dits, même par celle qui ne ménageait rien.

L’instituteur se leva. Il parut très grand dans le sentier couvert de la charmille.

—Voici mon avis, dit-il: ne rien lui apprendre. Il se lassera en voyant qu’on ne veut rien lui dire... C’est une situation qui ne peut s’éterniser... Il le comprendra. Tout homme de bon sens le comprendrait.

Il s’échauffait un peu aussi, tandis que, singulièrement, Fanny se refroidissait. Depuis que les paroles s’amassaient contre son fils honni—et celles mêmes de celui-ci qu’elle croyait un juste—elle n’était plus si certaine de voir en lui l’ennemi dont il fallait se débarrasser.

Les sœurs se levèrent aussi, et ils se dirigèrent tous vers la maison. Dans l’allée étroite, Berthe frôlait Silas de sa large hanche, et Fanny venait derrière, seule, mince et muette.

Sur le seuil ils virent de loin le gars qui attendait. Alors, Berthe se tourna et, dans la figure de l’instituteur, elle jeta:

—Vous lui parlerez. C’est vous qui nous en débarrasserez.