—Quitte cette fenêtre. Qu’est-ce que ça te donne de guetter la route?

Elle continua pendant un instant à prononcer des phrases insignifiantes, qui déjà agissaient par cette vertu lénifiante des mots de tous les jours dans les situations graves. Machinalement, Fanny obéissait et c’était le commencement de sa reddition.

Berthe la fit asseoir. Elle s’assit elle-même, et puis elle commença:

—Ecoute...

Elle se recueillit quelques secondes et détourna les yeux de la pâle figure hallucinée de Fanny.

—Tu vois bien toi-même que ça ne peut pas durer comme ça. Il faut prendre un parti. Sur le coup, on ne se rend pas compte. Mais le monde ne comprendrait pas que nous allions toutes les deux nous enterrer à la campagne. Il faut une raison pour que tu partes, puisque c’est toi qui doit partir: une raison... importante... qui nous oblige à nous séparer. Tu comprends?

Les yeux de Fanny répondirent éloquemment que non.

Berthe reprit, avec une sorte de patience appliquée:

—Il n’y a qu’une raison qui puisse nous y forcer. Vois-tu ça?

Elle se penchait pour forcer une réponse. Fanny fit: «Non», de tout son visage étonné.