Elle baissa la tête. Elle n’était plus sûre de rien.

Comme si elle suivait ses pensées et se trouvait obligée de les résumer et de les poursuivre, Berthe reprit alors:

—Il n’a rien dit de remarquable devant moi et, entre nous, à en juger par la figure que tu avais en revenant...

La phrase qu’elle laissa en suspens se termina à leurs oreilles comme si elle était prononcée. Il n’avait rien dit, non, il n’avait rien dit.

Et, soudain, Fanny sentit la vanité de la lutte pour celui qui n’a pas d’arme. Après le découragement, le renoncement entra dans la place. Sans parler, elle fit un geste de lassitude. A cette sœur qui voulait lui voler un amour qu’elle était pourtant bien sûre d’avoir possédé, elle ne dirait rien, c’était trop difficile, elle ne savait pas reprocher, prendre la voix haineuse qu’il faut, jeter les mots comme on jette des pavés... Elle pensa: «Faites, faites, écrasez-moi! Je ne sentirai bientôt plus rien.»

Comme étonnée de la promptitude de sa victoire, Berthe regarda sa sœur, inerte, passive, la tête baissée et les mains jointes sur les genoux. Et, sans honte, elle retourna vers la fenêtre et se colla le front contre les carreaux pour épier le retour du vieillard.

Quand il arriva, elles étaient toujours dans la même position, mais, ni le bruit de la grille, ni celui de la porte d’entrée, ni le grincement du pêne ne tirèrent Fanny de ses pensées.

Le bonhomme entra. En quittant la grande lumière, il tâtonna dans le demi-jour frais. Fanny leva enfin sur lui ses yeux mornes. Il paraissait singulièrement agité et se laissa tomber sur une chaise en retirant son chapeau à larges bords.

—Bougre! dit-il. C’est pire que le four du boulanger, dehors!

Berthe fit un pas. Toute sa prudence l’abandonnait: